Produit par Joey Burns et John Convertino de Calexico, le 3e opus de la chanteuse espagnole est porté par un souffle de vie favorable.

Espíritu del sol" est le 3e album solo d’Amparo Sánchez. La chanteuse espagnole, née à Grenade en 1969, a connu plusieurs incarnations musicales. Dans les années 90, elle sévissait au sein d’Amparanoia, un groupe qu’elle avait créé après avoir rencontré Manu Chao. Auparavant, il y eut Amparo and the Gang et encore plus tôt, Correcaminos, alors qu’elle n’avait que 16 ans.

Ses premières vibrations musicales, elle les connaît toute petite quand elle observe ses parents, ses trois frères et sœur (tous plus grands qu’elle), écouter et jouer de la musique. "Je me suis très vite rendu compte de son pouvoir. Cela m’a alors donné envie d’en faire. Je voulais moi aussi transmettre ce bonheur, ce plaisir, ce contentement", raconte, dans un français qui caresse les s, Amparo Sánchez.

La musique, elle va s’y consacrer plus vite que prévu. Alors qu’elle suit des études dans un collège catholique, elle tombe enceinte. Exclue de l’école, elle arrête ses études, se marie avec le père de son fils, un musicien avec qui elle commence à chanter. "Cette relation ne s’est pas bien passée. Il était très macho. Il y avait beaucoup de douleur, de peine", se souvient Amparo alors qu’on aborde avec elle la sortie, en septembre 2014 en Espagne, de son autobiographie "La niña y el lobo" (La jeune fille et le loup). Ce livre, elle l’a écrit pour briser le tabou des violences conjugales encore fort présentes dans son pays et surtout pour témoigner, auprès de celles qui en souffriraient, qu’on peut s’en sortir.

Quand la musique lui donne suffisamment de force, elle plaque tout et rallie Madrid. Elle se produit presque tous les jours dans un même club. C’est là qu’un soir, Manu Chao débarque. "On habitait le même quartier - Malasana, près de la plaza de Mayo." Celui qui lui confiera plus tard avoir beaucoup d’admiration pour sa voix et ses chansons revient le lendemain. "On a commencé à discuter de tout et de rien. De la vie, des voyages, de nos rêves respectifs."

Encouragée par le leader de la Mano Negra, elle fonde un groupe de rock alternatif, qui prendra pour nom définitif Amparanoia, mue par "l’idée un peu folle de mélanger tous les styles de musique que j’aimais. C’était un peu ma paranoïa à moi" se souvient, dans un grand éclat de rire, celle qui, pendant 12 ans, enchaînera tournées, festivals et disques. Plus de 1 000 concerts au compteur et 7 albums.

Amparo Sánchez, qui a fait partie de la Caravane des quartiers, affrétée de nouveau par Manu Chao, a pas mal voyagé, comme lui, en Amérique latine. Ce rythme effréné, cette fête permanente, la jeune femme décide d’y mettre un terme fin des années 2000. Elle écrit toujours des chansons, mais cette fois, elle veut leur donner une autre consistance. Elle les soumet à Joey Burns, du groupe Calexico, alors qu’ils sont, en 2006, programmés dans un même festival au Canada. L’homme lui suggère : "Viens à Tucson, on va t’accompagner." Amparo et Calexico se connaissent depuis 2002 quand le groupe américain avait invité Amparanoia à assurer la première partie de leur concert à Rotterdam. "C’était une surprise pour moi. Ils avaient même préparé une version de ‘Don’t leave me now’ (que l’on peut écouter sur "Rebeldia con alegria", NdlR) . On avait beaucoup parlé ce soir-là. On s’était dit qu’il fallait qu’on réalise des choses ensemble."

En 2010, Amparo Sánchez enregistre son premier album solo entre Tucson et La Havane. "Après avoir terminé la première partie de l’enregistrement à Tucson, j’ai dit à Joey Burns et John Convertino : pourquoi ne pas aller terminer l’album à La Havane ? Ils ont halluciné, c’était un rêve pour tout le monde que d’aller là-bas." C’est ainsi qu’ils se retrouvent tous aux studios Egrem, par où était passé le Buena Vista Social Club.

Quand on demande à cette grande voyageuse l’endroit qu’elle préfère au monde, elle n’hésite pas une seconde : chez elle, dans sa maison sise dans les montagnes, à 40 km de Barcelone, "auprès de ma famille, mes animaux, mes plantes, mon jardin et mon potager". "Espíritu del sol", son nouvel album, a lui aussi beaucoup voyagé. "Trop", selon l’artiste. "On a commencé l’enregistrement à Barcelone. Puis, je suis partie en tournée en Argentine. Je suis allée au Mexique aussi. Le mixage, je l’ai effectué au Pays basque, avec Kaki Arcarazo, un artiste du son que je connais depuis la Caravane des quartiers." Boléro, rumba, cuarteto argentin, son cubano tissent la trame musicale d’un disque de nouveau produit par Joey Burns et John Convertino. "Ces rythmes m’inspirent pour écrire mes chansons", observe-t-elle. Sur "El ultimo trago", elle rend hommage à Chavela Vargas. "Une grande dame de la chanson mexicaine décédée en 2012 que l’on ne doit pas oublier, que l’on doit continuer à chanter."

Amparo Sanchez a intitulé ce 3e album "Espíritu del sol" parce que "le soleil, c’est la vie, c’est la lumière. Chaque jour, l’opportunité de commencer quelque chose de nouveau." Une philosophie de vie qui lui réussit bien.

"Espíritu del sol", 1 CD World Village/Harmonia Mundi

En concert les me 18/2 à Anvers (Arenbergschouwburg), je 19/2 à Gand (De Centrale), sa 21/2 à Liège (Les Grignoux) et di 22/2 à Bruxelles (AB Club).