Ma, vraie figure africaine

Ma, vraie figure africaine
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Livres & BD

Laurence Bertels

Publié le - Mis à jour le

Longtemps qu’un aussi joli roman pour adolescents ne nous était tombé entre les mains. Fable oscillant entre onirisime et réalisme, "Ma" respire l’Afrique, ses croyances, ses villages coupés du monde et ses goyaviers. Nous voici d’emblée plongés dans la forêt, entre rapaces, ciel pourpre, cases rabougries et herbes folles, au cœur de ce continent où rien, pas même les amours adolescentes, ne ressemble à notre mode de pensée. Comme si, là-bas, les idées étaient guidées par quelque force surnaturelle susceptible d’amplifier les états d’âme. Tout, ou plutôt rien, y devient source de joie ou de drame. Élevé par Ma, débordante d’amour, Félix, comme tous les garçons de son âge, rêve de quitter l’Afrique pour l’Europe. Son ami Jonas, il est vrai, en parle avec d’autant plus de verve qu’il arrose généreusement ses récits du vin de palme pour lequel son penchant prononcé risque, à terme, de poser problème. En attendant, passionné de littérature, Jonas rêve de voir son village devenir celui de la lecture, lui qui, comme Félix, ne jure que par Garcia Márquez dont "Cent ans de solitude" ponctue le récit.

Or, pour la vieille Eléonore M’Bala Beyala, alias Ma, la vie ne s’apprend pas dans les romans. Elle maudit Jonas d’en avoir ramené plein ses valises après ses trente années passées en Europe et ses colères sont aussi redoutables que les orages tropicaux. Rien n’y fait Envoûté par les récits de Jonas, Félix rêve de partir. Jusqu’au jour où il rencontre Magali en train de se baigner dans la rivière et se laisse ensorceler par la belle au caractère bien trempé, aussi redoutable, en réalité, que celui de Ma. Divisé entre deux femmes, il devra prendre le temps de quitter l’une, vieillissante et aimante, pour rejoindre l’autre, exigeante, sans l’abandonner trop longtemps. Toutes deux devront apprendre à s’apaiser car l’enfance de Magali, trop tôt soldate, a tatoué son cœur d’une rage indélébile. Mais la sagesse africaine, heureusement, efface parfois bien des malheurs, comme le raconte avec saveur et vérité Louis Atangana, originaire du Cameroun.

Restons en Afrique pour mieux connaître l’histoire du grand Salif Keita qui aurait pu être tué dès la naissance si les croyances l’avaient emporté. L’enfant noir à la peau blanche et aux yeux un peu rouges fut en effet d’emblée considéré comme maudit. Ainsi sont traités les albinos en Afrique. Considérés comme des créatures du diable, ils sont aussi la honte des familles nobles telle celle du père de Salif, descendant des empereurs mandingues. Mais comme l’écrit Michel Piquemal, celui qui aurait tué l’enfant Salif aurait tué le cœur même de la musique. Heureusement, sa mère, en s’enfuyant avec lui, lui sauve la vie. Méprisé par tous, l’enfant est de plus en plus déprimé. Au point de vouloir se donner la mort. Seuls les livres et les études le sauveront. Salif Keita deviendra, grâce à sa voix perçante et sensible, un immense musicien. Somptueuses illustrations de Justine Brax à l’appui, on (re)découvre, avec autant de plaisir que d’intérêt, cette belle destinée, cette revanche sur la bêtise humaine.

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