Mais où sont les héros d’antan ?

Mais où sont les héros d’antan ?
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Livres & BD

Paul Vaute

Publié le - Mis à jour le

Ne pas se fier au titre trompeur : Alain Corbin, grand défricheur de terres historiques inconnues, n’avait pas l’édification du jeune public en vue quand il a entrepris de revisiter la galerie des gloires du passé français. De Vercingétorix à Jean Moulin, le professeur émérite à l’Université de Paris I nous offre moins une série de portraits qu’une exploration des destinées posthumes, des modalités de la fabrication des héros et, parfois, de leur déconstruction quand les temps ont changé voire de leur reconstruction quand ils ont rechangé.

Les ressorts de l’admiration sont tributaires des valeurs dominantes de chaque époque. En cela, les constats de "l’historien du sensible", selon l’intitulé de ses entretiens avec Gilles Heuré (La Découverte), sont universels. Des avatars de la renommée, nous n’avons pas vu d’exemple plus éloquent que le parc des statues soviétiques déchues, qui entoure la nouvelle galerie Tretiakov à Moscou. Sous nos cieux, les statues de Godefroy de Bouillon et de Léopold II sont régulièrement menacées.

Il n’est pas nécessaire de connaître de grands basculements de régimes ou d’idéologies. Il n’y en a pas eu en France depuis les sondages réalisés il y a un demi-siècle sur les personnages jugés les plus représentatifs. Et pourtant, à côté des incontournables - Napoléon, Jeanne d’Arc -, bien des noms cités alors ont été oubliés ou presque, depuis, par le commun des mortels -Bayard, Du Guesclin, Mandrin Ce qu’Alain Corbin appelle "la disqualification de l’héroïsme de guerre" a constitué, bien sûr, un tamis impitoyable, tout comme la sécularisation qui marginalise les saints dans la mémoire collective. Bon nombre des figures historiques que la bande dessinée célébrait encore dans les années 50 sont devenues, pour les générations actuelles, d’illustres inconnus. A une nuance près et de taille : la persistance, chez nos voisins du sud, de la fascination exercée par l’épopée napoléonienne, en dépit de ses horreurs déjà dénoncées par les contemporains.

Un exemple belge aurait pu égayer cette étude : celui de la ville de Louvain où a été débaptisée la place Maréchal Foch, le bourgmestre Louis Tobback considérant celui-ci comme un "criminel de guerre" ! Mais comme on l’a dit, il est possible, après être passé du pinacle à la disgrâce, de faire le chemin inverse. La cote de Charles de Gaulle est plus élevée en 2012 qu’en 1969. Et le bilan du très honni Napoléon III a été, lui aussi, en partie réévalué. Aux mânes des grands incompris, tous les espoirs sont permis.

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