Dans "Court vêtue", Marie Gauthier raconte les premiers émois, l'éveil des sens, la transformation d’un garçon en jeune homme.

À 14 ans, Félix est envoyé passer l’été comme apprenti chez un cantonnier. Ce dernier (surnommé le père au mégot), veuf, vit seul avec sa fille Gil, 16 ans. À l’adolescence, et entre fille et garçon, deux ans peuvent faire la différence. Avec ses yeux bleus, ses jambes fines, Gil fascine très vite Félix. Sous ce provisoire et nouveau toit, il veut sortir de l’enfance, se détacher de ceux qu’il avait connus jusque-là, défaire les liens.

Bouleversement

Gil se rend très vite compte de l’intérêt qu’elle suscite, vécu comme un jeu cruel par Félix. Elle l’impressionne, mais au fond que sait-il de cette fille mystérieuse, à la vie double ? Elle attire les hommes, qui arrivent en nombre. Elle se donne dans une chambre, dans une grange, contre un mur, le long de la rivière… Librement, c’est sa façon d’aborder la vie. Pour Gil, Félix est une sorte de petit frère.

Alors qu’elle se plaint que les hommes l’importunent, elle lui lance "tu ne peux pas savoir, c’est normal, t’es trop petit". Or il l’aime bien, c’est même un peu plus que cela. Il fantasme, se renseigne sur ses sorties. La nuit du samedi, seul, il souffre en silence, attend son retour. Il en vient à l’espionner, aussi.

Le premier roman de Marie Gauthier raconte les premiers émois, l’éveil des sens, la transformation d’un garçon qui va devenir un jeune homme. L’écriture est implicite, un voile de mystère la nimbe. On imagine qu’il se passe dans un bourg de la province française. Le soleil est de plomb, les corps transpirent. "Vêtements collants, cheveux trempés, nuque dégoulinante." Aucun indice ne situe l’époque, l’auteure s’est focalisée sur le rythme des jours qui passent, la vie au quotidien et, surtout, les sensations. Quand la chrysalide devient papillon.


© IPM
Court vêtue | Marie Gauthier | Gallimard, 105 pp., env. 12,50 €