Souvenez-vous, c’était il y a (déjà) un an : la planète littéraire s’impatientait à la veille de découvrir en sortie mondiale le premier roman pour adultes de J.K. Rowling, "Une place à prendre", et frémissait à l’annonce de la parution en français de "Cinquantes nuances de Grey", premier volet de la trilogie sentimentalo-érotique d’EL James, qui avait précédemment cartonné en Angleterre et aux Etats-Unis. Cette année, excepté la récidive de J.K. Rowling pour un roman paru sous pseudonyme (vite démasqué), l’horizon de la rentrée semble dégagé, pas même menacé par un phénomène de savant marketing à la Houellebecq. L’effervescence la plus marquante concernera le centenaire de la naissance d’Albert Camus, célébré par divers ouvrages, dont une adaptation en BD de "L’Etranger" par Jacques Ferrandez et la publication de la correspondance inédite de Camus avec Francis Ponge, Roger Martin du Gard et Louis Guilloux. Ce qui n’empêche la présence de nombre d’auteurs attendus et/ou confirmés, qui ne devraient pas manquer de combler les lecteurs.

Selon le minutieux décompte de "Livres Hebdo", d’ici à la fin octobre, 555 titres français et étrangers vont prendre d’assaut les étals des libraires, contre 646 l’an dernier. Preuve d’une précarité économique toujours de mise, ce net recul (- 14 %) accentue encore la tendance baissière des trois dernières rentrées, depuis 2010 et ses 701 parutions. La littérature étrangère passe de 220 titres à 198, ce qui n’est pas rien. Mais la diminution la plus significative touche les romans français (357 cette année, contre 426 en 2012), qui totalisent 86 premiers romans - seul secteur en progression puisqu’ils n’étaient que 69 il y a un an. Cette audace semble découler des nombreux changements directoriaux qu’a connus l’édition française, les nouvelles têtes (presque exclusivement féminines) en poste chez Flammarion, Rivages, Belfond, La Martinière, Stock, Denoël, Buchet-Chastel et Presse de la Cité voulant sans doute imposer leurs choix personnels. Si la plupart des maisons se contentent de publier un seul premier roman, Gallimard se montre le plus hardi (comme en 2012) avec quatre primo-romanciers. A noter que, dans cette catégorie, le doyen est l’acteur et réalisateur Pascal Aubier (70 ans), la benjamine, l’actrice Jade-Rose Parker (25 ans). Notons encore deux entrées remarquées, celles de Laure Adler (naguère biographe de Marguerite Duras) et de Marie Modiano (chanteuse et, surtout, fille de Patrick Modiano).

A côté du traditionnel Amélie Nothomb* de saison, qui s’intitule "La nostalgie heureuse" (disponible simultanément en Audiolib) et retrace son dernier séjour au Japon à l’occasion du tournage d’un documentaire de la collection "Empreintes", d’autres auteurs ayant publié récemment seront à l’affiche, comme Véronique Olmi ("La nuit en vérité", Albin Michel), Eric-Emmanuel Schmidt ("Les perroquets de la place d’Arezzo", Albin Michel), Philippe Djian ("Love songe", Gallimard) et Lionel Duroy ("Vertiges", Julliard). Parmi les écrivains français les plus attendus, citons Claudie Gallay ("Une part du ciel", Actes Sud), Nancy Huston ("Danse noire", Actes Sud), Sylvie Germain ("Petites scènes capitales", Albin Michel), Pierre Péju ("L’état du ciel", Gallimard), Sorj Chalandon ("Le quatrième mur", Grasset), Karine Tuil ("L’invention de nos vies", Grasset), Yasmina Khadra ("Les anges meurent de nos blessures", Julliard), Jean d’Ormesson ("Un jour je m’en irai, sans en avoir tout dit", Robert Laffont), Véronique Ovaldé, ("La grâce des brigands", L’Olivier), Denis Tillinac ("La nuit étoilée", Plon), Marie Darrieussecq ("Il faut beaucoup aimer les hommes", P.O.L.), Jean Rolin ("Ormuz", P.O.L.) et Hélène Grémillon ("La garçonnière", Flammarion).

Quant au domaine étranger, il promet de réjouissantes lectures. Ainsi de Richard Ford* ("Canada", L’Olivier), J.M. Coetzee* ("Une enfance de Jésus", Seuil), Louise Erdrich ("Dans le silence du vent", Albin Michel), Colum McCann ("Transatlantic", Belfond), Douglas Kennedy ("Cinq jours", Belfond), Laura Kasischke ("Esprit d’hiver", Bourgois), Jens Christian Grøndhal ("Les complémentaires", Gallimard), Dan Simmons ("Collines noires", Robert Laffont), Richard Russo ("Ailleurs", La Table Ronde), Barbara Kingsolver ("Dans la lumière", Rivages) et Paolo Giordano ("Le corps humain", Seuil). Citons encore Juli Zeh ("Décompression", Actes Sud), Douglas Coupland ("Génération A", Au Diable Vauvert), Alan Pauls ("Histoire de l’argent", Bourgois), Richard Powers ("Le dilemme du prisonnier", Le Cherche-Midi), Jørn Riel ("Une vie de racontars", en deux volumes, Gaïa), Jim Fergus ("Mon Amérique, Le Cherche-Midi), Richard Bausch ("Quelque chose est là dehors", Gallimard), Richard Yates ("Un destin d’exception", Robert Laffont), James Meek ("Le cœur par effraction", Métailié), Jerome Charyn ("La vie secrète d’Emily Dickinson", Rivages), Tracy Chevalier ("La dernière fugitive", La Table Ronde) et Arnaldur Indridason ("Le livre du roi", Métailié).

Enfin, signalons déjà que, parmi les prix d’automne les plus convoités, le Grand prix du roman de l’Académie française sera attribué le 24/10, les Goncourt et Renaudot le 4/11, le Décembre le 5/11, le Femina le 6/11 et le Médicis le 12/11. D’ici là, les lecteurs auront déjà choisi et influé sur le palmarès des meilleures ventes. Etre lu, n’est-ce pas le premier rêve de tout auteur ?


*Ces auteurs font l’objet d’une chronique dans le supplément "Lire" de ce jour.