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Le grand écrivain israélien Amos Oz est mort à 79 ans. Son chef-d’oeuvre fut « Une histoire d’amour et de ténèbres ».

Le grand écrivain israélien Amos Oz, militant infatigable de la paix, aurait mérité mille fois le Prix Nobel. Pour son talent formidable de conteur mais aussi pour son combat obstiné pour une paix juste avec les Palestiniens.

Il est mort ce vendredi à 79 ans, sans avoir obtenu ni l’un ni l’autre. Sa voix manquera en Israël face aux extrémistes de tous bords. Elle nous manquera à nous tous, ses lecteurs et lectrices amoureux de ses romans.

Nous l’avions encore rencontré il y a deux ans à Paris pour son ultime et formidable roman, Judas. Il y analysait la figure de celui que les autres considèrent comme « traître » quand il prône un changement que la majorité refuse. Aujourd’hui, quand les extrémismes fleurissent partout, l’écrivain laissait entendre qu’on aurait besoin de plus de « traîtres courageux » comme Churchill accusé de traîtrise pour avoir démembré l’empire britannique et de Gaulle pour avoir cédé l’Algérie. Il fut lui-même ce « traître courageux » et nécessaire.

Il évoquait pour nous la situation en Israël: « Le statu-quo est un risque plus grand que celui de faire la paix. Je naccepte pas quon dise que la solution à deux Etats est devenue impossible à cause de la colonisation. La France a bien lâché l’Algérie et rapatrié un million de Français qui y vivaient. Dire que cest devenu impossible et quil faut accepter un Etat unique binational, avec des droits différents, c’est parler dapartheid en Israël. En Israël, il ny pas encore d’apartheid mais bien une colonisation militaire quil faut arrêter. C’est lessence du compromis nécessaire, il ny a pas dautres choix et ensuite, on pourra peu à peu se visiter, créer peut-être une fédération entre ces deux Etats, et un jour, aller au lit ensemble faire des bébés. Cest difficile ? Oui, mais moins que faire cohabiter Sunnites et Chiites en Syrie, Croates et Serbes en Bosnie. Celui qui croit quil y a une solution facile est un menteur. Etre qualifié de « traître » est parfois, une médaille, un honneur. »


Son grand roman familial

Amos Oz était né à Jérusalem le 4 mai 1939 dans une famille d'origine russe et polonaise. Le jeune Amos change son patronyme en 1954 en rejoignant le kibboutz d’Houlda. De Klausner, il devient Oz, mot hébreu qui signifie "force, courage". Amos et sa famille entretenaient une certaine distance à la religion dont ils méprisaient l’irrationalité. Sa mère se suicida alors qu'il avait douze ans. Cet événement est à l'origine de la série d'interrogations qui figurent dans son grand livre Une histoire d'amour et de ténèbres.

Marié et père de trois enfants, il demeura au kibboutz d’Houlda jusqu’en 1986 où il s’installa dans le nord du désert du Neguev à cause de l’asthme de son fils Daniel. Il avait combattu pour Israël durant la guerre des Six jours.

Parmi ses livres les plus connus, figurent Mon Michaël (1973), La Colline du mauvais conseil (1978), La Boîte noire (1988), Connaître une femme (1991), Judas (2014) et surtout le roman autobiographique Une histoire damour et de ténèbres (2003), reconnu comme un chef-d’œuvre de la littérature mondiale, magnifique, dense, tragique, drôle, bouleversant et cruel. Il y raconte en 530 pages passionnantes de bout en bout les épisodes tragi-comiques et les détails poignants de sa famille comme de l’Histoire.

En 2013, il publiait encore un recueil de nouvelles Entre amis, sur la condition humaine vue à travers des choses très simples et complexes à la fois, très intimes aussi : la solitude, la nostalgie, l’amour, le manque, l’amitié, le désir, la mort. Les grandes questions de la vie. Des nouvelles qui se suivent comme des battements de cœurs, ancrés dans la vie d’Israël. Le jardinier Tsvi Provizor y expliquait pourquoi il s’intéresse tant aux drames du monde : "Il est plein de souffrances. Nous ny pouvons pas grand-chose, alors le moins quon puisse faire, cest den parler ».

C’est ce que fit toute sa vie Amos Oz et en particulier dénonçant la politique de Netanyahu, protestant contre ce qu'il a qualifié d'"extrémisme croissant" du gouvernement.

Il fut lauréat du prix Goethe 2005 en Allemagne, du prix d'Israël de littérature en 1998, le prix Méditerranée (étranger) en 2010 et du prix Franz Kafka en 2013.

On venait de traduire en français Chers fanatiques, recueil de textes à lire d’urgence. Il y disait: « L’altérité ne constitue pas un état de faiblesse, mais un moyen essentiel pour stimuler la créativité. Il nexiste pas une lumière universelle mais une multiplicité presque infinie. »

Il était inquiet répétant qu’Israël perdra son "âme" et puis son être si la solution à deux Etats n’arrive pas. Il ajoutait que la littérature est un antidote au fanatisme car elle "se délecte des différences qui existent entre les êtres". Une leçon universelle.