ENTRETIEN

Dans le débat qui fait rage sur le prix unique du livre (le projet vient d'être approuvé en commission) on a peu entendu le point de vue des grands éditeurs français (Gallimard et Le Seuil). Or, hier, Claude Cherki, directeur-général du Seuil, était à Bruxelles avec Hervé de La Martinière pour plaider devant la commission européenne contre la mégafusion entre Vivendi et Lagardère («le Pompei de l'édition, un cataclysme, avec un groupe qui sera dix fois plus gros que le second!», dit-il). Nous l'avons rencontré pour parler du prix du livre en Belgique.

«Notre préoccupation comme éditeur francophone basé à Paris est d'avoir des libraires actifs, prescripteurs et économiquement rentables. La France a fait l'expérience d'une loi sur le prix unique tout à fait positive. Elle a pu aider la création et les libraires de qualité, sans donner une prime à la grande distribution qui ferait du dumping, et tout cela sans susciter une baisse des ventes de livres. L'Allemagne et l'Espagne ont la même expérience. «Ce qui m'a fort choqué, c'est l'attitude de quelques grands groupes français qui, tous, défendent la loi du prix unique en France mais ont des filiales qui s'y opposent en Belgique. C'est totalement incompréhensible. La Fnac belge qui fait des remises de 20pc en pleine Foire du Livre est en totale contradiction avec la Fnac française qui soutient le prix unique! On m'a rétorqué que le prix fixe empêchait la démocratisation de la lecture, mais c'est le livre de poche qui remplit ce rôle, pas un discount éventuel de 10pc!«Quant à la tabelle, ce «surprix» pour les livres français en Belgique par rapport au prix français marqué sur le livre, elle est totalement absurde. Rien ne justifie une différence de prix. La tabelle peut exister en Suisse qui a une autre monnaie et pour lequel il y a des dédouanements à effectuer. Mais avec les Belges, c'est la même monnaie et il n'y a pas de douanes. Nous travaillons avec un grossiste belge comme avec les grossistes français et nous vendons nos livres aux libraires belges au prix où nous les vendons aux libraires francais. Et globalement les libraires sérieux les vendent au prix facial en euro. Bruxelles est plus facile à livrer pour nous que Perpignan! C'est tellement le même marché que nous réfléchissons à ce que ce soit notre grossiste belge qui livrerait pour le nord de la France. La tabelle est un combat d'arrière-garde qui ne vise qu'à protéger les intérêts de filiales de grands groupes. C'est tout.»

© La Libre Belgique 2003