Le romancier, dramaturge, journaliste, essayiste est décédé à 85 ans.

Figure dominante de la littérature scandinave du XXe siècle, Per Olov Enquist est décédé samedi soir à l’âge de 85 ans. Romancier, dramaturge, journaliste, essayiste, le Suédois a produit une œuvre puissante en plongeant dans les ombres de l’Histoire et de sa propre biographie, mélancolique et tonitruante.

Per Olov Enquist accède à la reconnaissance internationale en 1968 avec L’Extradition des Baltes, une enquête à charge contre la Suède qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a renvoyé en Union soviétique des soldats des pays Baltes réfugiés.

Souvent cité parmi les favoris du prix Nobel de littérature décerné par l’Académie suédoise, il est mort sans avoir décroché la prestigieuse récompense.

Ses écrits ont été traduits dans des dizaines de langues, depuis L’Œil de cristal publié en 1961 jusqu’au Livre des paraboles en 2013. En français ont notamment paru Le Cinquième Hiver du magnétiseur, Hess, Le Départ des musiciens, L’Ange déchu, La Bibliothèque du capitaine Nemo, Blanche et Marie.

Deux fois prix August

Son roman sur la folie du roi Christian VII de Danemark, Le Médecin personnel du roi, lui vaut en 1999 le prix August, la plus haute récompense littéraire suédoise, et en 2001 en France le prix du Meilleur livre étranger.

Son autobiographie Une autre vie, parue en Suède en 2008, est couronnée par un second prix August, créé en 1994 en hommage à August Strindberg, l’enfant terrible de la littérature suédoise à qui "POE" disait tant devoir.

L’auteur y narre sa jeunesse solitaire dans l’extrême nord de la Suède auprès de sa mère institutrice, veuve, luthérienne rigoriste qui rêvait pour lui du séminaire.

Sportif de haut niveau

Né en 1934, il grandit à Hjoggböle, austère paroisse du Nord. Quand il entre au lycée, il pratique le saut en hauteur, s’éveille à l’écriture et au journalisme. Il manque de peu la qualification pour les Jeux olympiques de Rome en 1960 et se retrouve, comme journaliste, au cœur des JO 1972 de Munich où onze athlètes israéliens sont tués par le commando palestinien "Septembre noir".

À l’âge d’homme surgissent les terreurs, la dépression, le doute de soi, de la valeur de l’existence. "Je crois que toute ma vie j’ai voulu être écrivain et je n’ai jamais laissé tomber. Il n’a pas été facile de survivre…", racontait Enquist à l’AFP en 2011.

En proie à l’alcoolisme, Per Olov Enquist passe trois ans à Paris, sans quasiment dessoûler. Sa troisième cure sera la bonne, parce qu’on lui laisse son ordinateur et qu’un beau jour, il se rend compte qu’il est "toujours un écrivain".

"Le plus terrible pour un écrivain ce n’est pas d’écrire, mais de ne pas écrire. C’est une période de ma vie qui est maintenant derrière moi et que j’ai été content de raconter."