L’écrivaine turque réfugiée en Allemagne a été acquittée pour l’accusation de terrorisme.

Ce fut une magnifique surprise vendredi quand on a appris que la grande écrivaine turque Asli Erdogan avait été acquittée de préventions d’ « activités terroristes » par un tribunal turc. Elle était poursuivie pour avoir écrit dans le journal pro-kurde Ozgür Gündem, fermé par décret en 2016. Elle risquait neuf ans de prison.

Le tribunal a acquitté la romancière des accusations de "tentative de porter atteinte à l'intégrité de l'Etat" et d'"appartenance à un groupe terroriste", et ordonné l'abandon des poursuites pour "propagande terroriste".

Auteure de plusieurs romans traduits à l'étranger, invitée d’honneur à la Foire du livre de Bruxelles en 2018, Asli Erdogan s’est réfugiée en Allemagne en 2017 où elle vit toujours. Elle avait été arrêtée et incarcérée quatre mois derrière les barreaux de la prison pour femmes de Bakirkoy, dans la banlieue d’Istanbul, en même temps qu’une vingtaine d’autres journalistes du Ozgür Gündem, dans le contexte des purges qui ont suivi le coup d’État manqué de juillet 2016.

Les autorités turques accusaient Asli Erdogan d'avoir, en collaborant à ce journal, aidé en réalité le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe armé qualifié de "terroriste" par Ankara.

Ahmet Altan

La romancière âgée de 52 ans n'était pas présente à l'audience vendredi. Épuisée par les ajournements incessants de son jugement et les menaces qu’elle subit même depuis l’Allemagne, elle vit désormais sous protection policière.

Cet acquittement ne fera pas revenir Asli Erdogan en Turquie car le risque reste réel qu’elle s’y fasse arrêter à nouveau ou qu’elle soit la cible de nationalistes turcs qui rêvent de l’assassiner.

Son acquittement ne règle par ailleurs pas le sort des autres écrivains et intellectuels incarcérés à commencer par Ahmet Altan. Son livre bouleversant Je ne verrai plus le monde, écrit feuille après feuille depuis sa cellule, a touché le monde entier. Condamné à la prison à vie, mais soutenu par 80 prix Nobel, il fut brièvement relâché avant d’être à nouveau arrêté et il se trouve toujours en prison.

Son livre est d’abord un grand livre sur la liberté et la résistance de chaque homme face à l’injustice et à l’invivable.

Dans une interview en 2018, Asli Erdogan nous avait dit: « En Turquie, les gens ont peur, cest l’hystérie. Ceux qui parlent trop ouvertement sont placés sur une liste noire. Ceux qui émettent des doutes sur la guerre, sont immédiatement taxés de traîtres et despions. Je crains que pour le reste de ma vie, je ne verrai pas le calme revenir en Turquie. »