Se sont-ils trompés d’histoire d’amour ? Sans doute pas. Toujours est-il qu’après trente ans de vie commune, quand leurs enfants ont quitté le nid, deux couples se séparent. Laura et Piero ainsi que leurs amis Marta et Andrea. Piero a quitté Laura. Marta a demandé à Andrea de partir. Son 12e livre, l’Italienne Cristina Comencini l’a construit en deux saisons (hiver, pour la rupture, été, pour la renaissance) en donnant la parole à chacun des protagonistes - d’où son titre Quatre amours - avant le final "Ensemble". Une façon d’appréhender les points de vue de chacun sans prendre parti. Dans de précédents romans, l’écrivaine abordait déjà les relations amoureuses, conjugales et filiales et leurs retombées sur la psyché de tout un chacun. C’est son univers qu’elle décline d’ouvrage en ouvrage.

Marta ouvre le roman. Elle explique pourquoi elle a demandé à Andrea de s’en aller. "La dernière année, j’avais l’impression d’étouffer, je rentrais du travail et je ne savais pas où me mettre comme s’il n’y avait plus d’espace vraiment à moi", confie-t-elle à Piero - les amis continuent à se fréquenter séparément. Depuis qu’elle est seule, Marta se sent en paix. Un homme, une femme et des enfants restent ensemble le temps de la couvée, comme certains couples d’animaux, considère-t-elle, avant que tout le monde prenne le large. Et ce n’est pas toujours celui qui prend l’initiative qui s’en sort le mieux. Piero a choisi de quitter Laura parce qu’il ne se sentait plus aimé. Mais sa décision se retourne contre celui qui trompait sa femme et qui se rend vite compte que "sans épouse, une maîtresse perd son sens".

Subtilité des réflexions

Dans Quatre amours, ce n’est pas à un marivaudage que nous convie Cristina Comencini. La fille de Luigi, cinéaste comme son père, réussit le délicat exercice d’orchestrer des banalités, des évidences sur le couple, et de leur donner une consistance. Quoi de plus rebattu que de discourir sur la vie à deux, les tensions qui épuisent, la difficulté du quotidien, l’éducation des enfants, sauf si cela est mis en perspective comme l’écrivaine le fait grâce à la subtilité des réflexions de chacun des membres des couples. Leurs considérations sont assez nuancées pour que chaque lecteur, chaque lectrice perçoive, d’une façon ou d’une autre, son reflet dans le miroir que la romancière tend.

Que fait-on des souvenirs ? Trois mois après le départ d’Andrea, Marta a tout jeté. Où encore partir en vacances ? Andrea cherche un lieu vierge de leur histoire. Se remariera-t-on ? Petit à petit, chacun explore sa solitude. Qui rime avec liberté. De cohabitation, il ne peut plus être question. "Marta ne pouvait la supporter, elle manquait à Andrea, elle a fait fuir Piero." Alors quand on se retrouve à deux, c’est chacun chez soi.

Quelques mois après la séparation, les ex se revoient, la parole se libère. L’épilogue sonne comme une thérapie de couple. "Toi et moi, Piero, n’avons jamais construit de ‘nous’. Tu n’as jamais voulu, j’ai essayé de toutes les façons en chargeant les bagages : enfants, famille, ta mère, la mienne, les maisons…", explique Laura. Avant cette sentence : "La possibilité même d’être un ‘nous’ n’existe peut-être plus. Il y a un ‘je’qui rencontre un autre ‘je’ et il ne reste toujours que deux ‘je’". Cette possibilité existe certainement, mais elle demande qu’on la construise, qu’on l’entretienne. La vie n’a jamais été un long fleuve tranquille. De la difficulté d’édifier, de la facilité à tout bazarder.

  • Quatre amours Cristina Comencini | traduit de l’italien par Dominique Vittoz |Stock, 220 pp. env. 20 €, version numérique 14,99 €
EXTRAIT
Je crois que j'ai poursuivi ma liberté toute ma vie sans jamais la conquérir. On devrait réussir à se sentir libre aussi quand il y a d'autres personnes près de soi: si on veut faire quelque chose, on le fait de toute façon. On peut dire que j'ai cherché à remplir mon temps pour ne pas me sentir seul, mais je ne pouvais pas vraiment être avec les autres parce qu'ils me privaient de ma solitude."