Livres & BD

Journaliste et écrivain, collaborateur du "Figaro Magazine", membre du comité éditorial de la revue "Historia", Rémi Kauffer n’est pas sinologue et le reconnaît bien volontiers.

Avec son complice Roger Faligot, il n’en a pas moins publié, en 1987, chez Robert Laffont, une biographie remarquée de Kang Sheng, le "Béria Chinois", le chef des services secrets de la Chine populaire et l’homme des basses œuvres du régime maoïste.

Ce livre captivant, qui entendait dévoiler "la face noire de la Chine rouge", est aujourd’hui réédité, dans une version revue et augmentée, au format de poche chez Perrin. On s’en réjouira.

Rémi Kauffer fait, toutefois, l’actualité pour un autre ouvrage, consacré aux "quatre empereurs" qui ont forgé la puissance chinoise que l’on admire et redoute aujourd’hui : Sun Yat-sen, le père de la révolution qui mit fin à l’Empire en 1911; Chiang Kai-shek, le père de la république chinoise qui ébaucha un premier programme de modernisation ruiné par l’invasion japonaise; Mao Zedong, le père du régime communiste qui consolida l’indépendance de la Chine au prix d’expérimentations politiques monstrueusement meurtrières; et Deng Xiaoping, le père des stupéfiantes réformes qui ont amené le pays à verser dans le capitalisme pour devenir la deuxième puissance économique mondiale.

L’idée de croiser ces quatre destins est intéressante à un double titre. Elle fournit d’abord une ample moisson d’informations historiques et de renseignements biographiques à l’honnête homme qui veut en savoir un peu plus sur la Chine du XXe siècle sans devoir se plonger dans des ouvrages savants.

Elle permet ensuite de comparer les apports respectifs et de cerner les limites des quatre personnages qui ont effectivement dominé l’histoire contemporaine de la Chine, tout en montrant les enchaînements ou les ruptures dans leurs contributions à l’édification de la puissance chinoise.

Cette démarche est d’autant plus gratifiante que l’auteur garde une honnête distance à l’égard de chacun des quatre protagonistes. Il évite notamment l’écueil habituel consistant à prêter à Mao des accomplissements qui doivent en réalité être portés au crédit de ses rivaux.

Si la Chine a ainsi retrouvé sa place dans le concert des nations, c’est à Chiang Kai-shek qu’elle le doit. Et si sa population goûte globalement à une prospérité sans précédent, c’est à Deng Xiaoping qu’elle en est redevable.

Rémi Kauffer, "Le siècle des quatre empereurs. Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek, Mao Zedong, Deng Xiaoping", Paris, Perrin, 478 pp., env. 24 €

Roger Faligot et Rémi Kauffer, "Kang Sheng. Le maître espion de Mao", Paris, Perrin, coll. "Tempus", 441 pp., env. 10 €