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Pour de nombreux écrivains, l’inquiétude de savoir si leurs écrits passeront à la postérité après leur disparition est parfois dévorante. C’était le cas de Romain Gary dont l’angoisse qui le rongeait et la peur de vieillir l’a conduit à se suicider, en décembre 1980, quatorze mois après Jean Seberg, l’actrice avec qui il avait eu un fils, Diego. A l’occasion du centenaire de sa naissance, son œuvre sera publiée en Pléiade et on annonce l’édition d’un de ses tout premiers textes, chez Gallimard.

L’homme caméléon

Romain Gary fait partie de ces hommes qui se dérobent malgré les mystères éclaircis. Qui était Roman Kacew alias Romain Gary alias Emile Ajar alias Shatan Bogat alias Fosco Sinibaldi ? Un point commun entre ces noms : le feu - "Gary" signifiant, en russe, ce qui brûle, et "Ajar", braise.

On connaît la naissance de Roman Kacew le 8 mai 1914 à Vilnius, en Lituanie, puis l’installation à Nice où Mina, sa mère, nourrit les plus grandes ambitions pour son fils qui tentera toute sa vie de les satisfaire. On connaît aussi son engagement dans la Résistance en tant qu’aviateur aux côtés du général de Gaulle, qu’il admirera toujours, puis sa carrière en tant que diplomate après-guerre, aux Nations unies à New York ou encore à Los Angeles, au poste de consul de France. On connaît enfin les femmes de sa vie, de Lesley Branch à Jean Seberg, les films qu’il a réalisés et, bien sûr, sa formidable œuvre littéraire nourrie de réflexion et d’invention, de "La Promesse de l’aube" à "L’Education européenne" en passant par "Les Cerfs-volants".

Pourtant l’écrivain nous échappe, il y a trop de vies dans cette vie-là, à l’instar de l’image qu’il affectionnait, celle du caméléon des histoires juives qu’on pose sur un plaid écossais et qui en devient fou. Polyglotte, Juif lituanien naturalisé français, Romain Gary écrivait : "Je n’ai pas une seule goutte de sang français mais la France coule dans les veines."

L’unique écrivain à avoir emporté deux fois le Prix Goncourt

Grand mystificateur, Romain Gary est l’unique écrivain à avoir été couronné deux fois du prix Goncourt, en 1956 sous le nom de Gary pour "Les Racines du ciel" et en 1975 sous celui d’Ajar pour "La Vie devant soi".

Partez à la découverte de l’œuvre magnifique de ce voyageur grand mystificateur qui tint sa promesse, "j’ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J’ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais".

Extraits d’un article paru le 29 décembre 2010 à l’occasion d’une exposition au musée des Lettres et des Manuscrits à Paris.