Yasmina Khadra dénonce la corruption et le banditisme des élites algériennes.

L’écrivain algérien Yasmina Khadra avait envisagé un moment de se présenter à l’élection présidentielle pour empêcher le président algérien Bouteflika, qu’il qualifie de "zombie et mort-vivant aux abois" d’obtenir un quatrième mandat. Faute de parrainages suffisants, il a dû y renoncer mais il publie, à la place, un nouveau roman, "Qu’attendent les singes", qui est une charge extrêmement virulente contre les dirigeants algériens d’aujourd’hui sous la forme d’un thriller haletant et sanglant.

On découvre le corps mort et mutilé d’une jeune fille au fond d’un ravin. La commissaire Nora Bilal mène l’enquête avec ses adjoints Guerd et Zine. Ses recherches la mèneront au sommet du pouvoir occulte, là où les réseaux mafieux de superriches et d’hypercorrompus, n’ont plus aucune morale si ce n’est la leur, se croyant en plus, les "sauveurs de l’Algérie".

Pour Yasmina Khadra, "Alger est infestée par des arrivistes sauvagement fortunés, qui ont inversé l’échelle des valeurs, certains de corrompre et les âmes et les serments rien qu’en leur crachant dessus". "Notre patrie est sous scellés et nos espoirs cloués au pilori."

Yasmina Khadra, via sa commissaire Nora et son adjoint véreux, se demande "Pourquoi sommes-nous tombés si bas ?" En filigrane, il y a le rappel de la cruelle guerre civile qui fut menée contre le FIS et qui a entraîné la suppression de toutes les règles morales.

Si le roman pêche par un style trop hâtif qui se perd souvent dans une succession d’images et de métaphores hasardeuses, on se laisse néanmoins prendre par une intrigue cruelle, des portraits de méchants effrayants et par ce portrait à charge, horrible s’il est vrai, contre les dérives des élites algériennes. Khadra oppose à elles le petit peuple, la commissaire courageuse et son adjoint Zine, le timide, qui se dressera seul, tel Don Quichotte.



Qu’attendent les singes Y. Khadra Julliard 355 pp., env. 19,50 €