Se laisser aimer, plus qu’aimer

Se laisser aimer, plus qu’aimer
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Livres & BD

Francis Matthys

Publié le

Belge par son père, François Weyergans est ce romancier cultivé en diable, éternel ado attendrissant, qui - tôt encensé par la critique - a conquis un large public et dont plusieurs grands prix ont couronné les livres : le Rossel en 1981 pour "Macaire le Copte" (prix qu’avait obtenu son père, Franz Weyergans, en 1969 pour "L’opération"), le Renaudot en 1992 pour "La Démence du boxeur" puis le Goncourt en 2005 pour "Trois jours chez ma mère".

Pompon suprême pour ce dandy à la désarmante gentillesse : son élection (surprise) en 2009 à l’Académie française : bicorne bas ! Depuis 2005 (année où fut aussi publié son premier roman, l’émouvant "Salomé", resté inédit pendant plus de trente-cinq ans), F.W. n’avait rien sorti en librairie. Aussi, attendait-on avec curiosité ce "Royal Romance", titre qui désigne le cocktail dont raffolait la jeune femme "qui sera l’héroïne de ce livre".

Un récit dont - sans surprise - le narrateur est écrivain (mais l’on ignore quels sujets nourrissent ses romans); un homme marié, père de deux grandes filles, auquel inconsciemment l’on prête l’expressive physionomie de Weyergans lui-même.

Daniel Flamm savoure la vie mais, en dépit du nom qui est sien, n’est pas du genre à s’embraser pour les belles qui brûlent d’envie de lui. Un homme à femmes qui, avec des zestes d’indulgence et d’ironie, parle mieux de lui-même que d’autrui, via cet humour doux-amer qui rapproche tant François Weyergans de Woody Allen.

L’action se déroule en partie à Montréal sous la neige où Daniel - familier du Salon du livre qui s’y tient - a une liaison avec Justine, une comédienne dont, par l’âge, il pourrait être le père.

On s’interdira de dévoiler la voie que suivra cette inassouvie qui bombarde son amant de messages téléphoniques. Un Daniel qui, sans trop d’états d’âme, entame une aventure parallèle avec une riche galeriste de Paris.

Un roman où l’auteur de "Franz et François" met en scène un narrateur qui se laisse aimer plus qu’il n’aime, à qui Justine dit d’ailleurs : "Tout le monde me conseille de renoncer à toi, y compris moi".

Libertin, ce séducteur qui s’offre la meilleure amie de sa maîtresse (celle-ci avouant aimer "se prêter" à ses fantasmes) et qui chérit surtout son indépendance : "Se voir rarement nous convenait. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait. Ce n’est pas mal comme formule, si on en prend son parti. Ça occupe l’imagination, on s’ennuie moins dans la vie". L’antiamour fou, l’antiromantisme. Hélas, s’il y a, dans ce roman que n’alourdit pas un gramme de gras, autant à boire qu’à manger, on y reste sur sa faim.

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