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Grâce à sa campagne de crowdfunding réussie ainsi qu'au soutien d'Eubelius, le jeune photographe belge Sébastien Van Malleghem (1986) publie son deuxième livre sur le thème de la justice. Il a pris des clichés en noir et blanc de l'univers carcéral, après avoir pénétré les sphères de la police. Son reportage a fait l'objet de publications dans la presse nationale et internationale, et a été récompensé par le prix Lucas Dolega.

Vous prenez le temps de vous imprégner de vos sujets: 4 ans de reportage la nuit, avec la police, puis 3 ans pour visiter 12 prisons du pays...

Le sujet de la justice est très sensible. J'ai donc décidé de m'imposer un maximum de rigueur pour me l'approprier. Outre la difficulté d'obtenir les autorisations nécessaires pour suivre des agents de police la nuit ou pénétrer en prison, il s'agissait surtout de passer du temps avec les gens, de les mettre en confiance, parler avec eux, les écouter, les observer et les comprendre.

À cet égard, comment avez vous réussi à obtenir la confiance des détenus?

Je me suis présenté comme photographe, et je leur ai expliqué mon but: photographier l'être humain incarcéré. Je n'étais pas là pour juger, mais pour essayer de mettre en lumière l'état actuel des choses. Pour ce faire, je n'ai pas interrogé les prisonniers sur les raisons de leur détention, mais j'ai enregistré de nombreux témoignages de leur vie quotidienne. Je crois que cela faisait partie de la démarche: comprendre l'impact psychologique de l'enfermement.

Vous en avez d'ailleurs vous même fait l'expérience.

Oui, en 2014, avant l'ouverture de la prison de Beveren, il y a eu trois jours de « test ». Les acteurs de la justice et la presse étaient invités à passer un moment en cellule, pour jouer le rôle des détenus et voir si tout fonctionnait comme il le fallait. Pendant ce temps, moi, j'en ai profité pour essayer de me mettre le plus possible dans la peau d'un prisonnier: pas de fenêtre, pas de ligne d'horizon, tu entends ce qu'il se passe dehors, mais tu ne vois rien, et le gardien peut jeter un œil dans ta cellule sans prévenir, donc tu n'as pas d'intimité...

Comment êtes vous arrivé à traduire cela en photo?

Ce n'est pas un processus conscient. J'ai simplement essayé de connecter mon cœur et ma tête au moment de pousser sur le déclencheur.

© Sébastien Van Malleghem

Au final, le livre mélange des images capturées dans plusieurs prisons: longues peines, prisons pour femmes, pour détenus mentalement déficients…

Quand je publie mes photos dans la presse, je les accompagne de légendes parce qu'il s'agit de fournir des informations précises. Dans mon livre, au contraire, les images sont vierges de toute explication, et l'on passe de l'une à l'autre sans fil conducteur précis, sinon celui de l'imagination. Je veux laisser un maximum de liberté à mes lecteurs. Au centre du livre, on trouve cependant des témoignages de détenus et d'agents pénitentiaires, qui détaillent leur quotidien.

Quels sont vos prochains projets?

Le 23 septembre, aux Beaux-Arts, je débattrai avec le ministre de la Justice, Koen Geens. Par ailleurs, j'entame la troisième partie de ma trilogie sur la justice: après la police et les prisons, je compte me frotter aux hors-la-loi en liberté.

Sébastien Van Malleghem, Prisons, André Frère éditions, juillet 2015, 39,50€