Isabel vient d'avoir quarante ans. Contrairement à ce que son amie Carlotta lui avait annoncé, c'est loin d'être le désastre. La vie continue, entre son artisanat de création de masques, une fille adolescente et un mari aimant. Elle se réjouit des plaisirs simples, et chérit la stabilité - certains diraient la routine - de sa vie. Dan Grant, ledit mari, s'est laissé enfermer dans un travail qui ne lui apporte plus aucune satisfaction, sauf peut-être financière, et n'a qu'une idée en tête: revivre le succès qu'il a connu, étudiant, à Oxford, avec une pièce de théâtre de son cru. Depuis, il remet sans relâche ses écrits sur le métier, avec une obstination jamais altérée par les refus qu'il n'a pourtant cessé de récolter. Mais il s'acharne, entre espoirs et enthousiasmes infondés. Après avoir abandonné une pièce traitant du rejet, il s'engage dans une oeuvre largement autobiographique, ce qui ne sera pas sans danger. Sylvie, leur fille adolescente, perçoit mieux les choses que ses parents ne veulent l'admettre. Et est ravie de voir en eux un couple uni, ce qui n'est pas le cas de toutes ses camarades de classe.

Toujours célibataire à trente-six ans, plusieurs histoires ayant tourné à l'aigre, Carlotta est une femme séduisante, redoutable en affaires, un brin extravagante. Et Dan ne la laisse pas indifférente. La soixantaine solitaire, Gwen est très heureuse de se rendre chez les Grant pour y assurer les tâches ménagères. Quant à Bert, l'ami de jeunesse de Dan qui rentre de New York, il n'est pas insensible aux femmes qu'il côtoie. Sans vouloir jouer les entremetteurs, c'est tout naturellement que les Grant invitent Carlotta à se joindre à eux pour leur première soirée avec Bert...

NON-DIT

Romancière et dramaturge vivant à Oxford, Angela Huth, qui s'était notamment révélée exquise analyste des méandres de la relation amoureuse dans «Une folle passion», s'amuse à nouveau des limites et des faiblesses de l'âme humaine quand elle est confrontée à l'amour. En dressant le portrait d'êtres fragiles, évoluant parfois à la limite de l'ambiguïté, elle fait merveille. La tendresse qu'elle déploie vis-à-vis de ses personnages ne l'empêche en rien de déployer une ironie délicieusement britannique. Et en leur donnant à chacun la parole, elle éclaire chaque situation - en se gardant d'être répétitive - d'un point de vue unique, offrant au lecteur une précieuse omniscience. D'autant que le non-dit caractérise une large part des relations entre les personnages, avec pour conséquence une vérité démultipliée.

Que signifie, aujourd'hui, s'aimer fidèlement? La fidélité admet-elle d'autres sentiments d'ordre amoureux? La loyauté prime-t-elle l'amour? Quel est le juste prix du renoncement? Quels compromis accepter pour pouvoir enfin tirer un trait sur la solitude? Et l'amitié, est-ce une réalité ou une notion fluctuant au gré des égoïsmes? Une fois n'est pas coutume, révélons la dernière phrase du roman. «J'essaye à nouveau d'introduire le fil invisible dans le trou de cette aiguille, écharde de cette lumière qui entre à flots par la fenêtre et je me dis que, pour nous tous, bien des choses demeureront à jamais invisibles.» Tout est dit, sauf l'épilogue...

© La Libre Belgique 2005