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Souvenirs d'enfance

A.Lo.

Publié le - Mis à jour le

De Blutch, on n'a pas oublié l'excellent "Petit Christian" (L'Association), plongée savoureuse dans les souvenirs d'une enfance placée sous les signes des "illustrés", Pif et ses Rahan ou Docteur Justice en tête, quand l'auteur en herbe (et encore en culottes courtes) ne passait pas son temps à regarder les exploits de John Wayne ou de Stive Macouine à la télé.

Question de génération, sans doute, c'est avec la même délectation que nous nous sommes plongés dans le tome 2 du gamin alsacien. Au seuil de l'adolescence, celui-ci est tiraillé entre son Moi profond - un cow-boy de bac à sables, ami de Mickey, de Playmobil et, toujours, de (déjà feu) Stive Macouine - et son Ça émergeant qui succombe au galbe naissant d'une naïade rencontrée sur une plage de vacances : Catie Borie ! Son cœur chavire, sa raison vacille et ses tripes le tiraillent. Hélas ! Entre la Belle et le Petit Christian, "1000 kilomètres de territoire national" s'étirent et malgré quelque liaison épistolaire, cet amour non déclaré devra surmonter l'écueil d'une année scolaire.

AUTODÉRISION

Blutch excelle dans l'art de recréer l'air de son temps en un dessin ou une formule, alternant autodérision - Christian affichant la dégaine et la lippe de son acteur préféré - et exploration subtile des passions enfantines. Le trait expressif, la formule qui fait mouche, achèvent de donner à ses 56 pages un parfum inégalé d'autobiographie sérieuse qui ne se prend pas au sérieux.

De Blutch, passons à ses ex-compères Associatifs, Sfar et Trondheim, qui, avec Christophe Gaultier, continuent de bâtir leur Donjon à coup de brique semestrielle. Soit, en cet automne, un 83e tome de la série prologue "Potron-Minet" où le père de Hyacinthe, sire Arakou, ayant la nostalgie de ses années héroïques, repart par monts et par vaux avec la belle et terrible Alexandra, tandis que le professeur Comor tente de motiver quelques seigneurs à mettre main à la bourse pour son projet d'assainissement d'Antiopolis.

Les deux scénaristes sont toujours en verve et, on s'en étonne régulièrement, s'égarent rarement dans leur série labyrinthique. Bénéficiant de la durée et du développement, les personnages s'étoffent et continuent de gagner en épaisseur. Seul regret, même si Gaultier tente de dessiner dans ses traces, il n'a pas la densité graphique d'un Blain, créateur graphique de "Potron-Minet" - Alexandra perdant de sa mystérieuse beauté, à notre grand regret.

AVENTURES SANS FIN

Franchissons la frontière, mais restons dans la périphérie des indépendants, pour apprécier l'exercice de style d'Etienne Beck qui signe, à l'Employé du Moi, un premier récit (d)étonnant. "Monsieur Pixel" est une œuvre de dessin et d'écriture automatiques, conçu, comme son nom le laisse supposer, à coup de pointillisme carré. Ça commence avec "un nid de ravion" (lisez: un hydravion), dont tombe un œuf. L'oisillon qui en sort prend Monsieur Pixel pour sa maman, ce qui déclenche une chaîne d'événements qui emmènera l'infortuné Pixel aux quatre coins du monde d'un match de boxe à la jungle birmane, au Mont Fuji ou à Mexico. Aventures sans fin, qui ne sont pas sans rappeler certains scénarios alambiqués des jeux vidéos des années 80. Mais des récitatifs, joliment tournés, se dégage un second degré ravageur. Un délire de grand gosse, pas très éloigné, finalement, de ceux du Petit Christian. Décidément, tous ces auteurs sont restés de grands enfants.

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