Soixante-sept années séparent le premier numéro du «Journal de Spirou» du 3500e paru ce mercredi. Bon an, mal an, les amis de Spirou sont restés fidèles au journal qui révéla nombre de talents et consacra d'authentiques génies du Neuvième art, dont Franquin, Peyo et Morris, pour ne citer qu'eux. Patrick Pinchart, actuel rédacteur en chef d'une publication qu'il dirigea une première fois de 1987 à 1993, dévoile quelques-uns des secrets de l'exceptionnelle longévité d'un journal qui a su se renouveler sans tourner le dos à son patrimoine.

Comment expliquer que «Spirou» fête aujourd'hui la parution de son 3500e numéro, alors que ses concurrents historiques, «Tintin» et «Pilote», ont disparu?

La grande force de «Spirou» est d'être resté un journal familial. Les enfants nous lisent puis, une fois adultes, font découvrir «Spirou» à leurs enfants et le lectorat se renouvelle. Tous les auteurs qui sont passés par le journal ont eu le génie de faire des bandes dessinées qui pouvaient être lues aussi bien par les enfants que par leurs parents. De plus, «Spirou» n'a jamais cessé d'évoluer tout au long de son histoire et est resté à l'écoute de son temps. Dans les années 50, on trouvait dans «Spirou» des articles sur l'aéromodélisme. Aujourd'hui, ils traitent d'Internet ou de jeux vidéo.

Mais «Spirou» a lui aussi connu des périodes moins fastes...

Après les années 60, où le journal, qui tirait à 400000 exemplaires, a connu son âge d'or, les journaux de BD ont voulu suivre la tendance et s'orienter vers un lectorat plus adulte dans les années 70-80. «Spirou» est retombé sur ses pattes juste à temps, puis a cherché à rajeunir son lectorat et à le féminiser.

Quelle est la diffusion actuelle de «Spirou» ?

Nous tirons à 100000 exemplaires - pour la Belgique, la France, la Suisse, le Canada et «Robbedoes», en Flandre -, dont 20000 sont réservés à la confection des recueils «Spirou». Quatre-vingts pour cent de notre tirage est destiné aux abonnés et 20pc à la vente en kiosques. Le nombre d'abonnés nous assure une certaine sécurité mais produit également un effet pervers, à savoir que «Spirou» a quasiment disparu des kiosques. En France, par exemple, «Spirou» n'est distribué que dans 6000 points de vente pour un marché potentiel de 50millions de lecteurs. Nous sommes donc face à un challenge qui consiste à trouver une formule qui nous permettrait de reconquérir les kiosques à l'horizon 2006.

Le «Spirou» 3500 donne la parole à sept générations de lecteurs sous forme de planches d'une page où ces derniers évoquent le journal de leur enfance... pour conclure que «Spirou», c'était mieux avant».

On s'est dit que d'anciens lecteurs achèteraient le 3500e numéro par nostalgie et nous avons imaginé sept générations de lecteurs, une génération correspondant à 500 numéros de «Spirou». Tous concluent que «Spirou, c'était mieux quand ils étaient petits», parce que c'est un commentaire que l'on entend systématiquement, quel que soit l'âge de l'interlocuteur. En fait, chaque lecteur estime que le meilleur «Spirou» est celui qu'il lisait avant d'avoir 12 ans.

© La Libre Belgique 2005