Livres - BD

A la question qu’il pose avant que vous la lui posiez : "A l’ère d’Internet, un dictionnaire a-t-il encore sa place ?" , Patrick Gaumer (qui - comme personne - connaît l’histoire de la Bande dessinée, d’hier à aujourd’hui : une encyclopédie vivante dans un domaine dont les frontières s’élargissent sans cesse) répond qu’Internet agit dans la rapidité, l’instantanéité, tandis qu’un dictionnaire offre du recul à ses lecteurs, ses utilisateurs : "Internet est une source d’informations supplémentaire mais, comme me le disait un jour Umberto Eco, la différence entre un bon livre et Internet est la même qu’entre un verre de grand vin (pas un grand verre de vin) et un whisky".

En 1994, Patrick Gaumer et Claude Moliterni (mort le 21 janvier 2009) publiaient chez Larousse la première édition du "Dictionnaire mondial de la Bande dessinée", dont une deuxième cuvée, refondue, sortit à l’automne 98. Six ans plus tard, sans plus Moliterni, Patrick Gaumer en livrera une nouvelle mouture. Aujourd’hui, en voici une nouvelle encore, entièrement écrite par P.G. (avec la collaboration de Christophe Cassiau-Haurie et Christian Marmonnier pour les articles -dans le hors-texte - consacrés à l’Afrique, à la Belgique francophone, aux Etats-Unis et à la France). En deux mots comme en cent : un monument. Un trésor pour le bédéphile qu’enchante l’érudition dont Gaumer fait preuve dans cet ouvrage aux 2200 entrées, pour lequel "des centaines d’auteurs et d’éditeurs ont apporté leur contribution, et des milliers de revues, albums, sites et blogs ont été consultés". Y figure déjà la date du décès de Tibet (3 janvier 2010) mais pas celle, à quelques jours près - par délai pour la fabrication, de Jacques Martin (21 janvier 2010). Un guide sans égal pour circuler à bord de ce secteur qui ploie sous la surproduction : 4600 albums parus, en langue française, en 2009, dont 3500 nouveautés. S’il réserve une belle part aux travaux d’auteurs très jeunes encore (tel un Bastien Vivès, né en 1984), il salue bien entendu les ancêtres (Töpffer, Caran d’Ache, Gustave Doré ou Joseph Porphyre Pinchon) autant que les centaines de créateurs du XXe siècle. Un cahier de 96 pages en couleurs y propose un panorama des productions de France, Belgique, Japon, Argentine, Italie, Espagne, Corée, Chine, etc. Enfin, cette édition "intègre les phénomènes marquants de ces dernières années : la vague des indépendants , la reconnaissance des mangas japonais et la mondialiosation de la production". Mine d’or que cette mine d’art !

Dictionnaire mondial de la BD Patrick Gaumer Larousse 1050 pp. illustrées en noir et blanc et en couleurs, env. 50,50 €