Sur les chemins de la mémoire

Livres & BD

Olivier le Bussy

Publié le - Mis à jour le

Entretien

Aller-retour", du Français Frédéric Bezian, est un livre dans lequel on entre au présent, et en couleur, en compagnie d’un certain Basile Far. Silhouette massive, imper fatigué, cheveux rares mais indomptés à l’avant du crâne, Far a des faux airs de Tintin empâté qui, dans la force de l’âge, aurait renoncé aux aventures trépidantes.

Descendu de son train, dans une bourgade du Sud-Ouest, Basile Far bascule dans une autre dimension, en noir, blanc et trame grisée. Y souffle un air différent, celui de la France d’avant 68. Celle de l’enfance de l’auteur, né en 1960, à Revel, en Haute-Garonne. "Cinquante ans, ce n’est pas si lointain que ça, et pourtant notre mode de vie est devenu radicalement différent, le temps ne s’écoule plus de la même façon", explique Bézian.

Revenons à Basile Far. Qui est-il, au juste ? Il se dit détective. Donne une raison de sa présence aux uns, une explication différente aux autres. Il erre dans le village et ses alentours, à pied ou en voiture. Ou, plutôt, "il déambule", précise Bézian, sur le même tempo que Maigret dans un roman de Simenon. "L’errance, c’est ne pas savoir où on va. Far sait très bien pourquoi il est là, mais il a quand même besoin de déambuler." Recouvrant une histoire de famille, le couvercle du mystère est lourd à soulever. Far retarde le moment de la confrontation. Il prend son temps pour rassembler les indices glissés comme "des pièces de puzzle qu’on ne sait pas comment assembler, ni même si elles y sont toutes".

Basile Far est accompagné partout d’une voix off bavarde. Plaisir de la langue. "Ce plaisir est porté, ce n’est pas une langue orale. Et puis je m’arrête aussi parfois sur la description d’un sentiment un peu compliqué qui nécessite de la place. Je ne pourrai pas le faire passer par le dessin ou quelque chose de métaphorique. J’ai besoin de raffinement, notamment quand je parle de musique." Le dessin caractéristique de Bézian, hachuré, sec mais souple, d’une stupéfiante minutie, montre plus qu’il ne raconte. S’arrête sur des façades et des faces, des détails ou des panoramas invitant à la contemplation.

A parler vrai, le livre est parfois déconcertant. Nulle volonté de désorienter le lecteur, assure Frédéric Bézian mais un souci de liberté créatrice. "Je ne voulais pas m’arrêter à des contingences de clarté. J’ai plus fait attention au style qu’à la façon dont ça pouvait être perçu." Comme son personnage, Bézian sait où il va mais s’y rend sans itinéraire. "C’est comme si j’avais en tête une énorme bibliothèque, un disque dur et que les éléments dont j’ai besoin sortent tout seul, assez naturellement. Mon sujet m’habite, à moi d’ordonner les composantes et d’évaluer l’importance à leur donner."

Ce que Far cherche, ce sont des souvenirs, enfouis sous un traumatisme d’enfance. Ce qui ne l’empêche pas, comme Bézian, de conserver la nostalgie de "cette période de notre vie où les cinq sens étaient perpétuellement en éveil, parce que tout était neuf. C’était constamment revigorant".

"Aller-Retour" fait écho à un précédent livre, "Les garde-fous". "C’est quasiment un diptyque. Les gardes-fous étaient un bouquin taiseux, basés les ellipses, celui-ci est très textué . Les garde-fous parle d’une certaine façon de vivre la modernité, la virtualité, celui-ci joue sur le retour en arrière. Le premier était quasiment dessiné à la latte, Aller-retour joue sur un trait tremblant, un peu comme si on regardait à travers les vitres d’autrefois, avec leurs défauts dans le verre". C’est "Aller-retour" qui a créé le lien avec "Les garde-fous", et non l’inverse. "Je pense depuis deux ans à établir des ponts entre mes livres, même s’ils sont autonomes, à faire réapparaître des personnages. Si on a un minimum de lucidité sur son travail, on se rend compte qu’il y a une cohérence du début à la fin, un alpha et un omega."

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