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Peu de petites patries ont été fractionnées autant que le Brabant, d'abord par la rupture des anciens Pays-Bas - qui fit prendre le large au Noord-Brabant hollandais -, ensuite par la départementalisation française - dont la province d'Anvers est héritière -, enfin par nos clivages linguistiques et régionaux, responsables de la scission de la province résiduelle, décapitée en outre par l'extraction de Bruxelles.

Si profond est le morcellement, accompli dans des conditions souvent douloureuses dont des traces demeurent, que ce fut déjà une première et singulière performance que de faire collaborer des institutions et des scientifiques de toutes les entités concernées. En résulte cette somme brabançonne, forte de plus de sept cents pages et riche de cinq cents illustrations, qui s'imposera durablement comme la référence dans un créneau laissé à l'abandon depuis le milieu du XIXe siècle.

LE SANGLIER ET LES CHIENS

Sous la conduite du professeur Raymond van Uytven, la fondation belgo-néerlandaise «De Brabantse Stad - La Ville brabançonne», à l'origine de l'initiative, a même pu tabler sur le soutien de différents pouvoirs publics pour faire aboutir, avec les professeurs Bruneel, Koldeweij, van de Sande..., le projet ô combien politiquement incorrect de rendre au Brabant son unité sur papier.

La réalité historique, en revanche, n'avait nul besoin d'être sollicitée. L'ancien duché a bien constitué un espace propre, doté d'une identité, accentuée par la promotion, à partir de Godfried Ier le Barbu, des comtes de Louvain comme ducs de Brabant (XIIe siècle), par les lauriers duc Jean Ier gagnés à Worringen (1288), par les privilèges dont la Joyeuse Entrée était, comme le note Luc Duerloo (Université d'Anvers), «la clé de voûte et le cheval de parade»...

Quand la principauté arrive à l'apogée de son déploiement au XIVe siècle - elle s'étend alors de Nivelles à la région de 's-Hertogenbosch et du comté de Bruxelles à Saint-Trond -, un poète de l'entourage de Jean III peut symboliser son prince par un sanglier qui fanfaronne en se moquant des dix-sept chiens de chasse - des souverains - en train de le menacer. Bien sûr, cela ne durera pas.

Si elles éclairent les caractères de la «brabanticité» et son rôle fédérateur des anciens Pays-Bas puis de la Belgique - d'où la «nationalisation», en 1830 et après, de nombreux attributs symboliques brabançons comme le Lion -, les études dues à vingt-cinq auteurs donnent aussi la mesure du rayonnement de la terre qui engloba Bruxelles (la capitale politique), Louvain (la ville universitaire), Anvers (la métropole commerciale) et Bois-le-Duc (la cité réputée imprenable).

Une terre fédératrice... et aussi fédérée, où le chancelier devait parler néerlandais, français et latin. Avons-nous évolué?

Parmi les autres nouveautés, on fera un sort à Quand les nations refont l'histoire, où Patrick J. Geary, professeur à l'Université de Californie, oppose l'Europe médiévale, «multiculturelle» avant l'heure, aux nationalismes ethniques hérités du XIXe siècle sous l'influence du romantisme (Aubier).

Louis Malassis, directeur général de l'enseignement et de la recherche au ministère français de l'Agriculture, retrace L'épopée inachevée des paysans du monde (Fayard).

Dans La punition mise à nu, Lieven Vandekerckhove (KULeuven) étudie la peine judiciaire du suicide et du comportement suicidaire dans l'Europe médiévale et d'Ancien Régime (Academia Bruylant).

Les rois de France de Patrick Weber, spécialiste des têtes couronnées, relèvent de la très haute synthèse (Librio).

© La Libre Belgique 2004