Essayiste ("Le Fantastique féminin, un art sauvage", "Simenon sous le masque"), nouvelliste de "La Promenade du grand canal" (Prix du Parlement de la Communauté française), anthologiste ("L'Allemagne fantastique de Goethe à Meyrink", "Histoires de doubles et de miroirs", etc.), lauréate de plusieurs prix décernés par l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique - où son père, Roger Bodart, mort en 1973, fut élu en 1951 -, Anne Richter a aussi présidé, pendant plusieurs années, les "Midis de la Poésie" à Bruxelles. Avec "L'Ange hurleur", qu'édite à Lausanne L'Age d'Homme, elle publie son meilleur livre à ce jour. Celui dans lequel, sans conteste, elle a mis le plus secret et le plus sincère, le plus émouvant aussi d'elle-même. Où elle avoue l'amour fou qu'elle voue aux livres. Ces livres auprès (tout auprès) desquels Anne Richter a grandi, a vécu, a aimé. Neuf textes nourrissent cet "Ange hurleur" dont l'héroïne se prénomme Clara: comment ne pas songer au "Carla hurla" de Thomas Owen, lui si présent dans ce recueil? L'incipit du texte qui donne son nom à l'ouvrage est admirable : "Clara avait dans la poitrine un renard rouge qui lui rongeait le coeur". Phrase ensorcelante - qui eût pu inspirer un tableau à la surréaliste Rachel Baes - que teinte le fantastique, si familier à la portraitiste de cet "Ange" étrange. Cependant, comme l'observe Jean-Baptiste Baronian dans l'avant-propos, il s'agit peut-être moins de fantastique que d'"une sorte de réalisme magique mêlé de merveilleux". Oui, c'est dans cette veine, qui nous touche entre toutes, que s'inscrit l'Anne Richter qui note, p. 16: "Tout ça peut paraître étrange mais tout ce qui se passe est étrange." C'est là phrase de poète, d'exploratrice des forêts interdites où poussent en silence les arbres du bois desquels on tirera des livres sentant bon le fagot. Ces livres sulfureux inspirent, précisément, le texte qui nous tient le plus à coeur dans "L'Ange hurleur": "Olga et le catobarian" (mot qui désigne un chat-singe qui serait originaire d'Amazonie et qu'A.R. qualifie d'animal mystique): ladite Olga est le conseiller littéraire de son ancien amant, Adam, qui écrit un essai sur la guerre et la paix dans la littérature érotique. Des pages remarquables, autant pour leur pénétration que pour leur érudition, où l'on croise la Penthésilée de Kleist, "Histoire d'O", Lou Andreas-Salomé (qui eut les traits de Dominique Sanda dans un film de Liliana Cavani) ou la sanglante comtesse Bathory qu'incarnèrent Paloma Picasso et Delphine Seyrig. Comment, diable, ne pas souhaiter qu'Anne Richter approfondisse le sujet dans un proche avenir?