Elles étaient belles et ambitieuses. Elles furent admirées, riches, dépensières. Comblées et, donc, enviées. Sans pouvoir et, pourtant, toutes-puissantes. A défaut de prince charmant, leur destinée rencontra celle d’un roi. Elles en furent jalousées, calomniées, détestées, victimes d’intrigues de cour et de cabales de leurs concurrentes. Au bout de leurs rêves de gloire, d’amour ou de puissance, c’est dans la tragédie que sombra leur vie bien avant qu’elles ne soient vieilles. Seule, la vie réelle révèle ce que cache le mot "fin" des contes de fées.

Trois femmes dans l’Histoire de leur temps demeurées célèbres jusqu’à nous qui restons fascinés par la trajectoire brisée de leur destin prestigieux. Leurs noms sont dans nos têtes : madame de Pompadour, la Du Barry, Marie-Antoinette suivant l’ordre de leur visibilité. De ces trois femmes, les biographes les plus divers n’ont cessé de nous raconter les bonheurs et les malheurs. Sans se lasser. Sans nous lasser tant il est vrai que les histoires dramatiques de ceux et celles qui ont rencontré l’Histoire et ont été proches du pouvoir attisent les curiosités. Hier comme aujourd’hui.

Bien avant d’autres, les frères de Goncourt ont raconté, à leur manière très imagée, ces femmes sur lesquelles se sont concentrés les préjugés de leur époque, ressuscitant dans leur sillage le décor et l’esprit du XVIIIe siècle. Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) fréquentaient tout ce qui comptait dans le monde des lettres de la seconde moitié du XIXe siècle. Ils ont beaucoup écrit et souvent en duo, ouvrant la voie au naturalisme que Zola, leur fervent admirateur, allait porter à son zénith. De leur œuvre, c’est le "Journal", avec sa peinture à la pointe sèche de leurs contemporains, qui a le mieux traversé les années. Le toujours célèbre prix Goncourt, né en 1903 de la volonté d’Edmond qui survécut à son frère, fait, lui aussi, partie de leur legs à la postérité. Mais leurs biographies historiques sur celles qui furent favorites ou épouse de roi apportent un témoignage particulièrement précieux et vivant.

En les réunissant dans un joli coffret de trois volumes préfacés par Guy Chaussinand-Nogaret, André Versaille souligne combien la beauté et le pouvoir au féminin ont eu d’écueils à franchir avant d’être - timidement - acceptés par l’opinion. De ces trois femmes, Marie-Antoinette est, de toute évidence, celle qui a le plus séduit les frères Goncourt qui marquent bien le contraste entre la jeune fille légère mariée à un homme qui ne répondait pas à ses illusions et la reine digne et forte face à sa condamnation. Assez durs avec la Pompadour, cultivée et spirituelle, ils sont plus indulgents envers la Du Barry, la "putain du roi" qui cachait un côté "bonne fille".

En dépit de cette empathie plus ou moins flagrante avec leur sujet, ces trois portraits, emplis de passion et de couleurs, constituent non seulement une lecture captivante mais posent un regard sur un monde passé et sur quelques questions qui demeurent de notre temps.

Madame de Pompadour/La Du Barry/Marie-Antoinette Edmond et Jules de Goncourt André Versaille éditeur 3 vol. sous coffret, 69,90 € jusqu’au 28/02/11, env. 79,90 € ensuite