Après une étude sur Jean-Paul Gaultier, la journaliste Elizabeth Gouslan publia un livre empreint de ferveur et de compassion consacré à Ava Gardner, "la femme qui aimait les hommes" (cf. "Lire" du 7 mai 2012). De la sensuelle interprète de "La Comtesse aux pieds nus" et de "Pandora", elle y dit: "Dans le défilé des étoiles - Garbo, Dietrich, Hayworth, Monroe, Taylor, Hepburn (Katharine et Audrey) -, elle occupe une place à part". Liste où eût pu figurer Grace Kelly, qui avait été en 1953 la partenaire d’Ava dans "Mogambo"; elles resteront d’ailleurs de fidèles amies jusqu’au décès de la Princesse à la mi-septembre 1982. 

Aujourd’hui, à Elizabeth Gouslan dont l’écriture est souvent étincelante , la vie de Grace inspire un ouvrage qui s’ajoute à ceux, sur le même sujet, de James Spada et de Donald Spoto, sans négliger l’encens du Frédéric Mitterrand de "Destins d’étoiles". Pour l’écrire, elle n’a trempé sa plume ni dans la ciguë, ni dans l’eau bénite; il serait cependant surprenant que cette biographe soit invitée à venir dédicacer son livre dans une librairie de la Principauté. 

Dans cet itinéraire est évidemment retracée la destinée majestueuse - assumée sans l’ombre d’un faux pas pendant un quart de siècle - de l’altesse dont la disparition (qui sera ultérieurement comparée à celles de la reine Astrid et de Diana) plongea le Rocher dans l’affliction et le monde dans l’incrédulité. Pourtant, c’est surtout sur celle qui fut Grace Kelly avant de se métamorphoser en Grace de Monaco que se penche, quasi en psy, l’écrivaine. Une miss Kelly née à Philadelphie dans une milliardaire famille catholique, fille d’un industriel d’origine irlandaise et d’une mère à racines allemandes. De ce père dominateur et méprisant, Elizabeth Gouslan parle à la manière dont François Forestier portraitise le patriarche Joe Kennedy dans les subjectifs récits qu’il a consacrés à l’illustre clan : sans gants. Peut-être parce que Jack Kelly, qui était un ami de Joe K., fut un despote pour Grace, imperméable à la célébrité qui la hissera au rang d’icône. 

De ce côté-ci de l’Atlantique, surtout à l’heure du "féerique" mariage de la star avec Rainier, en avril 1956, la presse populaire fournit une image on ne peut plus lisse, quasi angélique, de cette si séduisante comédienne, née le 12 novembre 1929, qui obtint en 1954 l’Oscar de la meilleure actrice pour "Une Fille de la province", qu’avait révélé "Le train sifflera trois fois" (avec Gary Cooper) en 1952 et qui fut la blonde interprète adorée (qu’il préférera, de loin, à la sublime Kim Novak) d’Alfred Hitchcock dans "Le Crime était presque parfait", "Fenêtre sur cour" et "La Main au collet". 

Si l’enquêtrice ausculte ces films-là, elle égrène aussi les aventures que l’actrice eut, paraît-il, avec le jeune Shah d’Iran, Clark Gable, William Holden, Jean-Pierre Aumont, ou Oleg Cassini - qui sera le styliste de Jackie, la "rivale". Car, apprend-on ici, JFK rêva d’épouser Grace.


Grace de Monaco. La glace et le feu. Elizabeth Gouslan Grasset 328 pp., env. 19,90 €