Clara la nuit» (Gallimard, 159 pp., env. 14 €), premier roman de Catherine Locandro, entraîne le lecteur dans la vie d'une prostituée qui, pour mieux se protéger, croit avoir balisé ses vies - celle de la nuit, celle du jour - de façon imperméable. Mais après vingt ans de métier, les séquelles laissées par ces parts d'elle-même offertes contre quelques billets traversent la frontière. Qui de Clara la nuit ou de Clara le jour aura le dernier mot? La réponse passera par l'art, dans ce roman aux personnages attachants, qui alterne instants de grâce et passages moins aboutis.

Comment votre manuscrit est-il devenu un roman publié par un éditeur prestigieux?

J'ai envoyé mon manuscrit à une trentaine de maisons d'édition, tant à Paris qu'en province. Un peu moins de trois mois plus tard, Jean-Marie Laclavetine m'a appelée. Ce fut une grande surprise. Je n'avais jamais pensé pouvoir être publiée par Gallimard, qui me paraissait être la cour réservée aux grands.

Comment est né «Clara la nuit» ?

Au départ, je me destinais plutôt à l'écriture de scénario. Clara était le personnage principal d'un court métrage. Puis je suis passée au moyen métrage, mais n'ai pas trouvé le financement nécessaire. J'ai donc dû mettre Clara de côté, avec regrets. Mais j'étais incapable de l'abandonner. J'ai alors pensé que le roman pourrait me permettre de développer son histoire.

Passionnée de cinéma, je vois le monde en images. Le scénario m'est donc plus proche. Je ne me sentais pas capable d'aborder le roman. J'ai dû laisser le temps faire son oeuvre, vivre des choses, pour avoir le courage de me lancer.

Paraître à la rentrée, est-ce excitant, ou au contraire craignez-vous d'être noyée dans la masse des parutions?

Les deux. Je suis consciente que cette opportunité est à double tranchant.

D'autant que le (non-) succès de ce premier roman conditionnera sans doute la publication du deuxième...

Est-ce que les gens auront envie d'autre chose? Est-ce que l'éditeur me suivra? C'est ce qui rend cette sortie stressante. Mais je travaille déjà à un autre roman, parce que l'écriture répond à un besoin. C'est ce qui me permet de me sentir en vie. Je veux que rien ne puisse me bloquer. Le reste ne dépend pas de moi.

À la lecture du roman, la quatrième de couverture semble très réductrice.

Quand on écrit l'histoire d'une prostituée, il y a toujours un risque de racolage. Mais cela ne me dérange pas car le passage repris à cet endroit n'est pas anecdotique: c'est le moment où la vie de Clara bascule.

L'art a une place capitale dans la vie de vos deux personnages principaux, Clara et Daniel. Pourquoi?

L'art est un révélateur, un moyen de dévoiler son vrai visage. Il permet à Clara de réfléchir à son parcours, à Daniel d'exorciser ses maux. On peut mentir, se raconter des histoires, sauf devant une oeuvre d'art, où forcément une part de nous-même, une part de vérité incontrôlable, surgit.

© La Libre Belgique 2004