Les éditions Autrement publient un très intéressant Atlas historique de l’Afrique, illustré de nombreuses cartes, écrit à plusieurs mains sous la direction de François-Xavier Fauvelle, professeur au Collège de France et auteur du très apprécié Rhinoceros d’or, et d’Isabelle Surun, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Lille et spécialiste de l’histoire comparée des colonisations en Afrique.

Le volume s’attache à corriger la méconnaissance commune de l’histoire du continent - souvent réduite au triptyque "avant, pendant et après la colonisation" - en détaillant son rôle de berceau de l’humanité, ses arts rupestres, son ouverture sur le monde par la Méditerranée - avec ses premiers royaumes chrétiens et son islamisation partielle - et par l’océan Indien, donnant naissance à la civilisation swahilie.

Au XVe siècle, le continent se transforme avec les premières colonisations de peuplement, les appétits nord-africains et ottomans et l’installation des premiers comptoirs européens.

La traite négrière, organisée par des puissances européennes avec des États africains - Fédération ashanti (Ghana), royaume d’Abomey (Bénin), royaume kongo (RDCongo et Angola), Mozambique, Madagascar - est étudiée par d’intéressants graphiques et cartes. Elle durera jusqu’au XIXe siècle.

L’abolition de la traite, puis celle de l’esclavage dans les États occidentaux et leurs colonies américaines, n’empêcheront pas la traite africaine de se poursuivre. Les négociants arabes en Méditerranée continuaient à la pratiquer et le trafic fut accru vers l’océan Indien grâce au percement du canal de Suez. Les "stocks" d’esclaves en Afrique, désormais invendables pour la traite atlantique, devaient trouver une autre destination : l’est, mais aussi le continent lui-même. "En même temps que l’esclavage disparaissait en Occident, il augmenta considérablement dans les sociétés africaines", écrit ainsi Catherine Coquery-Vidovitch. Principal changement : les esclaves passent de marchandises à outils de production d’une économie de plantation (gomme arabique, huile d’arachide, clou de girofle, etc.) et outils de guerre (soldats appelés à construire de nouveaux empires).

La colonisation est présentée en plusieurs cartes - dont une montrant à quelle date chacun des sultanats et royaumes africains perdit son indépendance - et études des colonies de peuplement, villes coloniales, missions chrétiennes et révoltes.

D’autres chapitres s’intéressent aux pays africains indépendants, à leurs politiques sanitaires, à leurs différences de développement, à leurs régimes politiques et aux migrations d’aujourd’hui.

Cet ouvrage intéressant est cependant handicapé par une grossière erreur de la carte illustrant le chapitre "L’âge des recompositions politiques" ; elle indique en effet un "royaume du Rwanda-Burundi" qui… n’a jamais existé. Ces deux entités ont toujours formé deux royaumes bien distincts. Une faute qui jette malheureusement l’ombre d’un doute sur le reste du volume.

>>> "Atlas historique de l’Afrique", sous la direction de François-Xavier Fauvelle et Isabelle Surun. Ed. Autrement, 96 pp, 24 euros.

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