Entretien

Voulant d’abord rendre hommage au fondateur de ce prestigieux ensemble, Mathieu de Waresquiel rappelle que Jean Mazenod avait démarré l’aventure éditoriale, il y a un demi-siècle, par des livres dédiés aux hommes célèbres. Une audace corroborée, cinq ans après, par la mise sur orbite d’une collection, toujours en cours - et c’est unique en l’espèce - des grandes civilisations et des arts qu’elles ont initiés.

"Le premier volume sur "La Préhistoire" fit aussitôt impression, et nous voici, en 2010, avec un quarantième volume, "L’Art du Moyen Age en France"!" Régnant sur un empire de livres qui respirent la sérénité de joyaux enclos en leurs pages emplies de créations indispensables à l’humanité, l’éditeur rassemble des faits, simplement, autour d’une tasse de café et de quelques croissants : "Le premier gros succès fut "L’Art de l’Egypte", paru il y a trente-cinq ans, 100 000 exemplaires au compteur. Dans la foulée, "L’Art Roman" et "L’Art Baroque" ont également très bien marché. Ces titres ont permis à la maison de se positionner en leader du livre d’art. Depuis, nous avons diversifié nos offres en proposant d’autres types de livres, parfois traduits en cinq ou six langues. L’époque est loin où la maison fonctionnait avec une seule collection !"

L’histoire de Citadelles&Mazenod, c’est aussi celle d’un passage de témoin entre un homme féru d’art, Jean Mazenod, un photographe qui avait nombre d’amis artistes, et le père de Mathieu de Waresquiel, un homme venu du milieu bancaire : "Mon père a repris l’affaire en 1984. Il devint le président d’un comité directeur qui comprenait, d’une part, Hachette et ma famille, de l’autre, Mazenod. Il ne s’agissait pas d’une fusion, mais il y eut un procès autour de la marque Mazenod et nous lui avons d’abord substitué celui de Citadelles, pour aboutir à Citadelles&Mazenod." Depuis, des mises à jour de certains volumes ont été réalisées, preuve de la belle santé d’un produit de luxe qui fait le bonheur de ceux qui en possèdent. Douze personnes s’activent au siège de la maison, rue Gaston-de-Saint-Paul, dans le 16e arrondissement de Paris : "Une petite équipe de qualité", comme tient à le préciser un patron à l’aise, nonobstant la crise qui frappe le secteur. "Nous avons un diffuseur et distributeur, Hachette en France, Libelle en Belgique, et une quarantaine de représentants exclusifs. Nous sommes, à l’heure actuelle, la seule maison d’édition à fonctionner avec une double force commerciale, ayant notre propre réseau de courtage. Vu leur prix, nos ouvrages ne génèrent pas des achats impulsifs, sauf de la part de clients fidèles."

Quarante titres au catalogue et un défi : en trouver de nouveaux dans la ligne éditoriale. "L’histoire de la photographie", c’était du neuf, comme le furent les livres consacrés à des pays en particulier. Cela permet de développer l’info dans d’autres directions, comme cette année avec "L’Art du Moyen Age en France". L’iconographie, aux mains de Madame Coti, présente depuis le début, est capitale, le papier aussi, mais il a parfois fallu s’adapter Comme le dit de Waresquiel, "Il faut évoluer avec son temps !"

Pour les reproductions, par exemple, on ne photographie plus les sculptures sur des fonds colorés, c’est démodé ! Si le programme des Editions Citadelles&Mazenod table sur cinq ans d’avance, il leur faut aussi songer à renouveler ou élargir leur public et pour cela être toujours plus au goût du jour. Ainsi, un volume sur la bande dessinée se profile-t-il et la France sera à la une de plusieurs ouvrages. Et puis, les parutions dépendent aussi de la célérité des auteurs à remettre leurs textes !

Le succès, en tout cas, ne se dément pas et "L’Art Nouveau" paru l’an dernier, prix de l’Académie des Beaux-Arts, est déjà réimprimé, alors que le second tome de "L’Art du XXe siècle" a été réimprimé trois fois. "Au début, nos tirages étaient plus importants, nous ne proposions alors qu’un titre par an. Désormais, avec environ vingt-cinq ouvrages l’an, il faut viser juste. Un premier tirage d’un volume de "L’Art et les grandes Civilisations" tourne autour de 6/7.000 livres. Et si le marché du livre d’art connaît la crise, les libraires soutiennent la maison, nous les en remercions. Nous veillons à la qualité et sur les titres d’une année, douze environ sont des créations et l’autre moitié des coéditions. Avec la qualité et la clientèle, on arrive toujours à de bons résultats. Quand nous avons sorti la collection sur les fresques italiennes, nous connaissions l’amour des Français pour l’Italie, et ce fut un succès. Aujourd’hui, on est aussi plus à l’écoute de l’actualité, ainsi le "Monet"dans la collection "Les Phares"; et à l’écoute aussi des autres éditeurs. Gamme des prix : de 19 à 170 euros environ, avec des exceptions. Nous tentons un très beau volume par an, très cher mais qui se vend : "Les oiseaux" de Buffon, "La Sixtine" ou, cette année, notre "Versailles" de 12 kilos."

A l’instar d’autres, Citadelles&Mazenod (www.citadelles-mazenod.com) réalisent des livres de plus en plus grands "Car le format séduit, même si ces livres sont difficiles à manipuler. Et puis, par moment, on voit beaucoup mieux les œuvres dans un tel livre que sur place !" S’il faut compter de trois à quatre ans pour faire aboutir un Mazenod, entendez un numéro de "L’Art et les grandes Civilisations", les autres, les Citadelles, ne sont pas plus laissés au hasard. Des initiatives plaisent, comme la collection des écrits d’hier à aujourd’hui : "Ecrire la peinture" en est à sa quatrième réimpression et le "Vasari : Vie des artistes" marche fort. Au printemps 2011, est prévue la parution d’un "Ecrire la sculpture". La collection "Les Phares" n’est pas en reste : on y annonce Watteau, Bruegel, Véronèse, Picasso. "Le livre d’art souffre mais il fait partie de la vie d’une personne. Il est un patrimoine qu’on lègue à ses enfants. Notre métier est un métier de gens ultra-passionnés. Et la passion du travail est un luxe."