Dans le cadre de la quinzaine de la bande dessinée de la ville de Bruxelles, les organisateurs ont voulu se démarquer des procédures habituelles. Deux caractéristiques rendent cette manifestation originale. La première est que n'y seront pas exposés les grands classiques, ce qui devrait plaire aux fervents de découvertes. Le deuxième point, et le plus original, est cette volonté de la part des organisateurs de mettre en avant une bande dessinée très peu connue du public, à savoir la BD flamande. Les couloirs du numéro 13 de la Grand-Place sont donc actuellement tapissés de planches de jeunes artistes flamands avant-gardistes et désireux de rencontrer le public. «La plupart du temps, le public pense que la bande dessinée flamande se résume à Bob et Bobette», explique Jean-Marie Derscheid, commissaire de l'exposition. «Cette quinzaine est donc consacrée à la nouvelle bande dessinée néerlandophone que nous n'avons pas voulu oublier!»

Diffusion réduite

Selon Jean-Marie Derscheid, la reconnaissance du public est une question de temps puisque «comme toute bande dessinée alternative ou d'avant-garde, elle est encore en train de chercher son lectorat.»

Toutefois, il semblerait que, malgré sa transparence en Belgique, la bande dessinée flamande ait déjà conquis un public, mais étranger celui-là. Il s'avère, en effet, qu'étonnamment, elle s'exporte relativement bien aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, notamment. Un autre phénomène est son succès et sa très grande popularité en région flamande. L'exemple de «Jommeke», l'oeuvre de Jef Nys traduit parfaitement ce phénomène, puisque cette série s'est écoulée à 45 millions d'albums rien que sur le territoire de Flandre.

Culte du beau...

Pourquoi le public francophone n'accroche-t-il pas? Un élément de réponse se trouve dans la difficulté d'accès à ces bandes dessinées. Il y a un problème certain de diffusion. C'est ce phénomène qu'essaye de combattre une jeune maison d'édition anversoise. Bries s'est lancé le défi de sortir ces jeunes artistes du brouillard. «Pour Bries c'est un risque énorme, mais c'est aussi montrer une véritable vitalité de la part non seulement de cette maison d'édition, mais surtout de la part de ces nouveaux auteurs.» Elle confirme cette nouvelle poussée de la BD flamande en parlant «d'une nouvelle vague déferlante, variée et insoumise aux lois du genre.» Un artiste, tête d'affiche de l'exposition, ressort de cette vague. Pieter De Poortere est illustrateur dans des médias aussi variés que «Le Monde» et «Fluide Glacial» ou encore «Ferraille Illustré». En solo, il est l'auteur de «The invisible man» et de «Boerke», une série mettant en avant un paysan désabusé, doublé d'un vrai «loser». Une série à la fois drôle et dramatique destinée à tout public puisqu'il s'agit d'une bande dessinée muette.La diffusion n'est cependant pas la seule lacune dans le paysage bédéphile flamand. Il existe également un manque dans le culte matériel de la bande dessinée. «Cet objet est différent en Flandre puisque ce ne sont pas de beaux albums cartonnés, mais plutôt souples, pas chers, style jetables», nous explique Jean-Marie Derscheid. Sur ce plan, Bries réagit une nouvelle fois puisqu'elle publie de très beaux livres avec un grand soin apporté à l'édition.

La quinzaine de la BD de Bruxelles, dont le centre nerveux se tient à l'hôtel de ville, devrait donc apporter un soupçon de notoriété à ces jeunes auteurs. «Il y a un bon espoir pour qu'il y ait un développement de cette BD», nous confie Jean-Marie Derscheider. Par ailleurs, une séance de dédicace est organisée ce samedi 9 avril, de 14 à 17 heures, au numéro 13 de la Grand-Place de Bruxelles.

© La Libre Belgique 2005