Une odyssée libanaise

Une odyssée libanaise
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Livres & BD

Geneviève Simon

Publié le - Mis à jour le

On ne sait jamais à quel moment précis les choses se concrétisent, deviennent palpables, c’est une métamorphose abstraite, une translation subtile qui se produit et qui fait que soudain on se trouve capable de ce qui était impossible quelque temps auparavant." Dans ce dernier volet du triptyque libanais qu’il a entamé avec "Histoire de la Grande Maison" (2005) et "Caravansérail" (2007), après des intrigues plantées à la fin du XIXe siècle puis au début du XXe siècle, Charif Majdalani retrace avec un talent de conteur hors pair la destinée de Ghaleb Cassab. Cette fois, l’intrigue se déroule sur la décennie précédant le début de la guerre civile libanaise, en 1975.

D’emblée, Charif Majdalani, qui enseigne les lettres françaises à l’université Saint-Joseph de Beyrouth (où il est né en 1960), propose à son lecteur des préliminaires de lecture/écoute à l’orientale : invitation à s’asseoir en face de lui - pour profiter au mieux du "spectacle de ces montagnes et de la lumière du matin qui s’y étire paresseusement" - et à se servir de figues ou de pommes. Le roman/récit "de misère et de gloire" peut alors débuter.

Fils de filateurs ruinés, Ghaleb Cassab espérait poursuivre ses études. Il devra se résoudre à travailler. Dans un magasin de tissus où il s’ennuie, avant de rejoindre l’homme d’affaires et homme de lettre francophile Edouard Bourgi dont il devient le secrétaire. Mais pour celui qui rêve d’aventures, de grands espaces, "d’histoires invraisemblables et de spectacles immenses et inédits", les tâches administratives révèlent vite leurs limites. D’autant que celle qu’il aime lui est inaccessible, en raison de sa pauvreté. Aussi, lorsqu’il a vent d’un coup risqué qui doit lui permettre de récupérer les machines d’une usine sous séquestre à Alep, en Syrie, il n’hésite pas. Grâce à elles, la filature familiale va renaître, lui assurant fortune et relations. Douze ans après l’avoir laissée épouser un plus riche que lui, il croise par hasard celle qu’il n’a jamais oubliée. Et le possible reprend des allures enchanteresses. Mais c’est compter sans la guerre qui menace, sépare les familles, et va bientôt tout emporter, ébranlant les rêves d’avenir et de descendance.

Destins contrariés, ténacité, réussite, amour, débrouillardise, magouilles, paysages marquants et désastre de la guerre : l’image de ce Liban-là a quelque chose d’intemporel. D’autant que la verve de Charif Majdalani est si chaleureuse que le charme opère dès les mots pour ne jamais disparaître. Précieux moment que celui passé assis à écouter Ghaleb, homme aux rêveries des temps anciens.

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