Splendide monographie de Magritte par Bernard Marcadé chez Citadelles & Mazenod

Tandis que l’exposition Magritte au Centre Pompidou poursuit sa marche triomphale, un nouveau livre de référence sur l’artiste a été publié par le grand éditeur d’art Citadelles & Mazenod qui prend place à côté du Magritte de David Sylvester (Fonds Mercator) déjà ancien. Ecrit par Bernard Marcadé, il est somptueux par son iconographie, sa mis en page, mais aussi par la qualité de son texte dans la foulée de l’angle pris à Paris d’un Magritte philosophe. Marcadé a d’ailleurs repris en exergue cette phrase du peintre : « L’art de peindre est un art de penser ».

L’an prochain, pour le 50e anniversaire de la mort de Magritte, on devrait avoir encore la nouvelle biographie de Magritte par Alex Damchev mort subitement l’an dernier.

Marcadé résume ainsi la ligne de son livre : « Magritte a assumé une position en rupture avec le lyrisme et le romantisme, position qu’il qualifie lui-même de «conformisme tactique ». Une grande part du travail de Magritte s’efforce de retourner contre eux-mêmes les fondements rhétoriques de la peinture. Le peintre prend un malin plaisir à prendre les mots et les choses au piège de leurs agencements logiques et sémantiques réciproques. Ce travail est effectué sans passion et comme avec indifférence. « La peinture m’ennuie comme le reste », remarque Magritte. »

« Magritte ne se fait aucune illusion quant à son art de peindre, qu’il qualifie par ailleurs d’« expédient lamentable » ; il en connaît les limites objectives. Sa décision, prise en 1925, « de ne plus peindre les objets qu’avec leurs détails apparents » est opérée en connaissance de cause ; elle souligne de manière exemplaire sa volonté d’utiliser la peinture à des fins qui ne sont pas celles de la peinture. De la même manière, il se sert du mot contre la signification et de l’image contre la représentation. Ainsi Magritte peut peindre comme un fonctionnaire et revendiquer pour son art le statut de « pensée visible » ; vivre comme un petit-bourgeois et participer activement à la mise à feu de ce monde. »

René Marcadé est professeur d'esthétique et d'histoire de l'art à l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy. Il est aussi critique d'art, et a écrit entre autres, des livres de références sur Duchamp, Delvoye et Broodthaers.

On notera qu’il évoque entre bien d’autres choses, les liens de Magritte avec la pensée de Freud, Lacan ou Wittgenstein mais en constatant l’absence d’inspiration directe. Il s’agit plutôt « de coïncidence de procédures conceptuelles ».


--> Magritte, par Bernard Marcadé, Citadelles & Mazenod, 328 pp., 235 euros

© D.R