Une suite à la mythique "Marque jaune"
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Une suite à la mythique "Marque jaune"

Francis Matthys

Publié le - Mis à jour le

Dans l’histoire de la Bande dessinée belgo-française, "La Marque jaune" d’Edgar P. Jacobs est, à nos yeux, l’album le plus mythique d’après-guerre - aux côtés des deux volets de "On a marché sur la Lune" de Hergé. Prépubliée dans le journal "Tintin" entre le 6 août 1953 et le 10 novembre 1954, cette aventure de Blake et Mortimer (venant après les prodigieux "Le Secret de l’Espadon" et "Le Mystère de la Grande Pyramide") captiva sur-le-champ ses milliers de jeunes lecteurs. A un point phénoménal, dont l’on n’a plus idée. L’on vit alors fleurir, tracées à la craie sur des murs d’écoles, d’innombrables "marques jaunes".

Depuis, ce livre est entré dans la légende du Neuvième art. Chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre du génial Jacobs (décédé en 1987), ce récit fantastique se lit et relit avec une admiration que rien ne décolore : chaque planche en est planche d’anthologie.

A ce joyau sans prix, un trio de jacobsiens respectueux donne aujourd’hui une suite, "L’Onde Septimus", en librairie dès ce vendredi. Un événement éditorial et commercial puisque le premier tirage s’élève à cinq cent mille… Depuis que les aventures de Blake et Mortimer - nos deux héros préférés - furent reprises avec bonheur par des scénaristes comme Jean Van Hamme et Yves Sente et différents dessinateurs (Bob De Moor, Ted Benoit, André Juillard, le regretté René Sterne, Chantal De Spiegeleer, Antoine Aubin), cette série culte a ressuscité, contribuant ainsi à la (re) découverte des albums réalisés par le Bruxellois Edgar Pierre Jacobs lui-même.

"L’Onde Septimus" a pour écrivain Jean Dufaux - l’un des plus féconds et envoûtants scénaristes depuis une trentaine d’années. Des séries fascinantes comme "La Complainte des landes perdues" (avec Rosinski), "Djinn" (avec Ana Miralles), "Jessica Blandy" (avec Renaud), "Les Révoltés" (avec Malès), "Murena" (avec Delaby) ou "Les Rapaces" (avec Marini), pour n’en citer que quelques-unes, ont imposé cet auteur très lettré comme un poète à l’étourdissante diversité d’inspiration. Dans "L’Onde Septimus", dont l’action se déroule entièrement à Londres vers 1954-1955, Dufaux fait resurgir, face au professeur Mortimer et au capitaine Blake, les antihéros de "La Marque jaune" : le Guinea Pig, qui a les traits d’un colonel Olrik réduit à l’humiliant rôle de cobaye régi par le délirant docteur Septimus dont le génie du mal plongera la Grande-Bretagne de 1953 dans un cauchemar.

Nous ne dévoilerons pas l’intrigue de cet album qui rend hommage à une œuvre incomparable, gravée à jamais dans la mémoire des aînés d’entre nous. Jean Dufaux y déploie le fantôme, multiplié par dix et cent, d’un Septimus qui semble évadé d’un tableau de Magritte. Un fantôme que traduisent en images fortes les deux artistes qui mettent cette "Onde" en page : Antoine Aubin (dessinateur du second tome de "La Malédiction des trente deniers") et l’excellent Etienne Schréder, qui participe à la série depuis quinze ans et dont le talent teinte cet album dont il a non seulement largement assuré l’encrage mais aussi dessiné seul quelques planches.

Un récit vertigineux, fidèle à l’esprit fantastique et à la rigoureuse facture jacobsienne, dont quelques images "inoubliables" s’ajouteront désormais à celles, si nombreuses, qui étoilent cet album sans équivalent : cette "Marque jaune" en laquelle nous voyons l’Everest de la Bande dessinée.

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