Un hors-série de "Wilfried" très photographique, de la Semois à l’Yser, au plus près des gens.

En juin, le magazine Wilfried fêtait son deuxième anniversaire avec une exposition au cinéma Palace à Bruxelles. Il y présentait les meilleures photos publiées depuis la création du titre, une sorte de traversée d’une Belgique dont le décryptage de la politique est une spécialité du trimestriel. En cette fin d’année, qu’on habite Arlon ou Ostende, on pourra refaire ce parcours en images grâce au numéro hors-série qui vient de paraître très opportunément avant les fêtes de fin d’année. Le type même de publication qu’on aime feuilleter entre Noël et Nouvel An.

Hors pair

Dans son éditorial intitulé "Neuf provinces mouillées", François Brabant, le rédacteur en chef, donne le ton en rappelant que lorsqu’on demandait à Georges Simenon de définir son style, celui-ci répondait simplement "Il pleut". Un humour bien de chez nous, tout en autodérision, dans lequel s’inscrivait le photographe Sébastien Van Malleghem lors d’une interview dans l’émission Le Mug sur La Première - RTBF en notant : "On dit souvent que les photographes belges sont doués. Il suffit de regarder notre ciel…. Nom de Dieu que c’est triste ! Alors forcément, à force de se se débrouiller dans cette météo tristounette, je pense qu’on devient bon…" Il ajoutait : "Si je devais résumer, je dirais que la Belgique, c’est mélancolique."

Et c’est tout à fait le sentiment que l’on a en parcourant les pages de ce hors-série hors pair intitulé "Le Pays où tout est permis" en référence au recueil de la poétesse belge Sophie Podolski. Un titre que justifie François Brabant : "C’est vrai qu’on ne connaît pas de territoire au monde où la tolérance se confond autant avec le laxisme et la permissivité, dans un mélange brumeux."

Pointures

La bonne idée ici est d’avoir chapitré l’ensemble en sortant des découpages administratifs, simplement en regroupant les reportages autour de fleuves et de rivières, de la Semois à l’Yser. En commençant par la Meuse "quelque part entre Dinant et Givet" avec des portraits décalés de politiciens, bien dans la veine de Wilfried, mais aussi des paysages et des anecdotes. Un cocktail que l’on retrouve tout au long des pages et qui tient vraiment bien la route grâce aux seize photographes de talent complices de la revue depuis deux ans. Des pointures (*) du photojournalisme belge à l’œil acéré qui, c’est à noter, ne travaillent jamais dans la condescendance ni le surplomb.

L’ensemble est agrémenté de citations et de proverbes au plus proche de l’esprit de toutes ces images comme par exemple ce proverbe anversois très dikke nek : "On doit l’Escaut à Dieu et le reste à l’Escaut."

* Parmi eux des collaborateurs réguliers de La Libre comme Johanna de Tessières, Olivier Papegnies, mais aussi Valentin Bianchi, Bas Bogaerts, Jef Boes, Roger Job, Hatim Kaghat, Debby Termonia, Tim Dirven, Karoly Effenberger, Diego Franssens, Eric Herchaft, Katrijn Van Giel, Sebastien Van Malleghem, Jelle Vermeersch et John Vink.

"Le pays où tout est permis" Publication Éditée par Wilfried, 116 pages, 60 photographies Prix 19,50 €

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