Petit rat" de l'Opéra acclamé quelques décennies plus tard pour son "Truc en plumes", Zizi Jeanmaire raconte son destin exceptionnel dans "Et le souvenir que je garde au coeur", mémoires d'une artiste qui aura fait bouger les lignes entre danse classique et music-hall. Zizi Jeanmaire a publié ce livre (Les Arènes/Bel Air Classiques) à quelques mois de son 85e anniversaire et à une poignée de semaines de celui de son mari, Roland Petit (13 janvier). "Je voulais expliquer toute notre vie. Parce que c'était une destinée extraordinaire de se rencontrer à l'âge de neuf ans et de continuer sur le même chemin", explique Zizi Jeanmaire dans un entretien à l'AFP.

C'est à la barre de l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris que le chorégraphe et sa muse se sont rencontrés. Elle y est entrée en 1933, a intégré le corps de ballet sept ans plus tard, puis l'a quitté au sortir de la seconde Guerre mondiale. "Après l'Occupation, on rêvait d'aller voir un peu le monde. Je trouvais que ça n'allait pas assez vite pour gravir les échelons de la hiérarchie. J'avais beaucoup travaillé et je me sentais prête. Sur un coup de tête, je suis partie", raconte Zizi Jeanmaire. "Roland, lui, avait envie de créer sa propre compagnie", poursuit-elle. Ce sera les Ballets des Champs-Elysées, puis ceux de Paris, où Zizi est engagée dès 1948. "Dès le début, j'étais passionnée par ce que faisait Roland", confie-t-elle. L'intéressé sera plus long à conquérir. "On ne s'est mariés qu'à trente ans ! Mais quand on a créé "Carmen", il en a eu plein la vue...", s'amuse-t-elle.

Présentée à Londres en 1949, cette Carmen aux cheveux courts - coiffure que Zizi ne quittera plus -, brûlera les planches à Paris, à Broadway (sept mois à l'affiche) puis dans le monde entier. Suivra "La Croqueuse de diamants" (1950), œuvre qui impose la maîtrise d'un créateur (Roland Petit) et d'une interprète (Zizi Jeanmaire) dans un genre hybride et alors inconnu : le ballet sur pointe avec chansons. Raymond Queneau ouvre ainsi l'impressionnante liste des collaborateurs artistiques (Serge Gainsbourg, Barbara, Aragon...) de "Mademoiselle Jeanmaire", dont la silhouette élégante, la jambe interminable et la gouaille ne laissent pas indifférents.

Boris Vian en fait partie, qui dira d'elle : "elle a des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes". Yves Saint Laurent, qui l'a habillée durant quarante ans (notamment pour "Mon truc en plumes" en 1961), dira d'elle qu'"il lui suffit d'entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes". De Broadway, l'artiste gagnera Hollywood, où l'engagera le producteur-aviateur Howard Hughes. Sam Goldwyn lui conseillera de garder comme prénom de scène "Zizi", le mot qu'elle répétait ("Mon zizi") quand sa mère l'appelait "Mon Jésus". Au rayon "entertainment", Zizi Jeanmaire se sera illustré dans tous les genres ou presque : la revue, la comédie musicale, la télévision, le théâtre... Mais toujours avec sa rigueur de danseuse de formation classique, chevillée au corps. "Quand je jouais "La Dame de chez Maxim" de Feydeau (1965), on ne comprenait pas que j'aille tous les matins au cours de danse : mais pour moi, c'était la base, je savais que je serais en pleine forme le soir", fait-elle valoir. Aujourd'hui encore, le "port d'attache" de Zizi Jeanmaire n'a pas changé : l'Opéra de Paris. "Je connais tous les danseurs. Et je continue à vivre, maintenant que je ne monte plus sur scène, à travers de ça".

© La Libre Belgique 2009