Rodrigo a beaucoup de coeur

Plus de dix années de métier n'ont pas encore émoussé la passion journalistique de Rodrigo Bennkens pour le sport en général, le cyclisme et le foot en particulier. Son autre passion ? Sa famille. Simplement. Bon sang portugais et sens de l'organisation ne sauraient mentir...

PAR PHILIPPE VANDENBERGH
Rodrigo a beaucoup de coeur
©Belga

PORTRAIT

Le sang portugais qui coule dans ses veines, il le doit à sa maman, dont la disparition, voici dix ans, le saigne encore. C'est Beenkens, côté Rodrigo.

Le sens de l'organisation, du travail bien fait mais aussi de cette pédagogie naturelle qui se transforme en moment de bonheur pour le prochain, surtout s'il est téléspectateur, il le doit à son enseignant de père. C'est Rodrigo, côté Beenkens.

Le mélange des deux vous donne un grand gosse à la trentaine bien entamée et aux yeux perpétuellement étonnés. Un passionné de sports en général, de cyclisme et de foot en particulier, qui s'appuie sur un verbe fort mais choisi, pour faire partager aussi bien ses intenses montées d'adrénaline que les longs moments de calme plat où sur la route il ne se passe rien alors que la caméra tourne. Pas évident.

LES VACANCES AU PORTUGAL

Son amour pour le foot commence comme une pub pour Nike. «Tout petit déjà sur la plage de Mindelo, dans ce nord du Portugal où il avait la chance de passer ses deux mois de vacances, Rodrigo organisait d'interminables parties de foot et, déjà, il les commentait».

Et en plus, c'est vrai. Mieux, par un copain journaliste, il donne quelques renseignements sur le Bruges de Vander Elst et Ceulemans qui doit rencontrer Boavista. Ça marche, ça plaît et voilà notre belgo-portugais qui devient, à 20 ans, correspondant pour le quotidien sportif «O'Jogo». Dès qu'un club portugais joue en Belgique, mais aussi en France et au Luxembourg, il doit faire des sujets, parfois très «people». N'ayant qu'une connaissance orale de la langue, ses premiers papiers déclenchent le fou rire dans la rédaction de Porto. Les prochaines fois, il dictera. Il ne regrette rien. Pas même qu'on ne l'ait jamais payé...

«Quelque part, c'est ce journal qui m'a révélé à moi-même, à cet amour viscéral pour le sport et le journalisme». Voilà son salaire.

En attendant, c'est «Tu feras le droit, mon fils» davantage par défaut que par goût. Mais après sa première licence, le démon du jeu - le bon, le sain - est le plus fort: il bifurque en Comu à l'UCL.

Là, un certain Georges Moucheron repère son bagout, qui l'a d'ailleurs conduit au théâtre amateur et son don pour les séquences télévisées. Il est retenu parmi les candidats demandés par la rédaction sportive de la RTBF.

UN OBJECTIF CHAQUE ANNEE

Nous sommes en 1988 et Marc Jeuniau doit pourvoir au remplacement d'Arsène Vaillant et de Théo Mathy. Rien de moins.

Finalement, après le parcours du combattant, les deux élus s'appelleront Gaëtan Vigneron et Rodrigo Beenkens. «Je n'y croyais plus du tout. À telle enseigne que la veille du verdict, j'avais fait une guindaille pas possible. A 9 heures, le téléphone sonne. Marc Jeuniau voulait me voir dans son bureau une heure plus tard».

Depuis, la belle aventure dure toujours, sans la moindre trace d'essoufflement. «Chaque année, je me fixe un objectif précis et je m'y tiens».

Résultat: il est devenu un des meilleurs commentateurs cyclistes avec un oeil de lynx qui permet de reconnaître les coureurs au quart de tour. «Cela n'a rien à voir avec la vue. Tout est dans la préparation et le petit coup de bol. Mais, c'est vrai, c'est un métier où il faut être observateur et attentif».

Un métier qui l'accapare évidemment beaucoup et qui le tient souvent éloigné de chez lui. Dans ces cas-là, c'est souvent l'épouse qui trinque et Sabine, juriste de surcroît, n'échappe pas à la règle librement consentie. «Elle est formidable et dès que j'ai du temps libre, c'est pour les passer avec elle et nos deux enfants, Gilles, sept ans, et Fiona, quatre».

Le sport ? Il n'en fait plus des masses, un peu de tennis avec son épouse, et il le regrette. Cela lui laisse un peu de temps pour potasser son néerlandais avec ses enfants qui suivent les cours en flamand. Le portugais attendra. Beenkens avant Rodrigo.

© La Libre Belgique 2001


"L'impression d'avoir été cocu" Difficile de ne pas parler dopage à un spécialiste, amoureux du cyclisme. «Je ne me doutais vraiment pas que cela avait pris une telle ampleur. J'ai su des choses mais tant que l'on est pas sûr à 100 pc, la présomption d'innocence prévaut. Après les aveux, j'ai eu l'impression d' être cocu. Il faut croire en l'avenir mais en étant beaucoup plus lucide. Il faut aussi que tous les sports fassent leur mea culpa». © La Libre Belgique 2001