A l'écran RTL-TVI: un pro de la pub

RTL-TVI a un nouvel administrateur- délégué, Philippe Delusinne, 44 ans, ex- patron de Young & Rubicam Belgique. Une nomination surprise dans un paysage médiatique en plein bouleversement.

PAR GUY DUPLAT
A l'écran RTL-TVI: un pro de la pub
©RTL

PORTRAIT

Quel chambardement! Jamais depuis dix ans, le paysage audiovisuel n'a été à ce point bouleversé: arrivée de Philippot à la RTBF, crise majeure à la RMB, arrivée d'AB 3, grincements à Canal+, arrivée d'un tout nouveau décret sur l'audiovisuel et limogeages de Pol Heyse et Eddy De Wilde. C'est dire que Philippe Delusinne arrive à un moment charnière pour RTL-TVI dont il devient le nouvel administrateur- délégué.

Certes, il n'a pas d'expérience directe de la gestion d'une chaîne télévisée, mais les médias, il connaît. Cet homme de pub a été membre du conseil supérieur de l'audiovisuel et administrateur suppléant à la RTBF. Comme patron de Young & Rubicam, il a mené toute les campagnes RTBF depuis cinq ans. Il s'intéresse aussi à la presse écrite puisqu'il a pris en charge, avec Young, les campagnes pour VTM, Kanaal 2, Het Nieuwsblad, De Standaard et pour Le Soir.

`Je suis un gros lecteur de journaux, dit-il avec son sourire habituel, et un zappeur impénitent´. Il est difficile de `coincer´ cet homme de communication habile à tisser des relations dans tous les milieux. Impossible de lui faire dire qu'il regarderait plutôt Arte que Loft Story, ou l'inverse. Il parle peu de sa vie privée, de son épouse, et des ses deux enfants (15 et 18 ans) qui partagent avec lui, une maison à Dworp, dans le Brabant flamand, où chaque matin d'été, il plonge, à l'aube dans sa piscine. `Ma famille est très importante et j'essaie de voyager beaucoup avec mes enfants tant qu'ils sont encore à la maison. Mais ma vie est une grande commode avec des tiroirs bien rangés qui ne se mêlent pas´.

Ancien cinéphile `enragé´, dit-il, il n'a plus guère le temps des sorties culturelles sauf pour l'opéra ou des concerts classiques. Philippe Delusinne, parfait bilingue, est né à Renaix, il y a 44 ans. Après des candidatures en droit et un graduat en marketing à l'Isec (institut supérieur économique d'Ixelles), il entre `par hasard´ dans la pub qu'il ne lâchera plus.

LA STRATÉGIE

En 1988, à 31 ans, il devient directeur général adjoint à Mc Cann Belgique et en 1993, administrateur-délégué chez Young & Rubicam. Il aime la pub parce qu'elle mêle beaucoup de choses, dit-il, `la création, l'analyse et la perception des marques. Mais surtout, la publicité oblige à une réflexion stratégique sur les choses. C'est ce qui m'intéresse le plus. Quand on présente nos Mickeys (projets de spots ou de visuels), c'est toujours le fruit d'un long travail d'analyse. J'aime aussi gérer le personnel des firmes de pub. C'est un peu comme des journalistes: des personnalités fortes, qui vivent dans le stress et doivent remplir chaque jour des pages blanches´.

A 44 ans, après 20 ans dans la pub, il devait, pour poursuivre sa carrière, partir à l'étranger, ce qu'il ne désirait pas pour raisons familiales. Il était donc disponible pour de nouveaux défis. Et la télévision le passionne. On le disait candidat pour la RTBF, il répond qu'il apprécie beaucoup Philippot qu'il a rencontré récemment. On lui dit qu'il est fort `fils de pub´, à côté de Tacheny, autre `fils de pub´ et qu'on peut craindre des dérives commerciales. Il répond en soulignant les qualités de Tacheny: `c'est un enfant de la maison, il l'incarne, et nous sommes entourés de deux très bons professionnels´ (Joeris et Goffin).

Un de ses atouts, ou un de ses défauts, selon ses détracteurs, est sa capacité `relationnelle tous azimuts´, et ses relations politiques. `Si on est polysensoriel, comme je pense l'être , on ne peut vivre en dehors de la composante politique et sociale. Les consommateurs qu'on vise avec la publicité comme les téléspectateurs, sont par ailleurs aussi des citoyens´. A-politque dans son métier, dit-il, il affiche des affinités pour des socialistes comme Elio Di Rupo mais aussi pour le libéral Eric André.

DUCARME INQUIET

Dès que sa nomination a été connue, il a reçu des coups de téléphone inquiets de Ducarme et Miller, craignant que la chaîne privée ne se `socialise´. Il les a rassurés, expliquant qu'il était là pour jeter des passerelles avec tous. Il faut dire que Pol Heyse s'était brouillé avec pas mal de monde, dont le ministre Miller, accusé d'avoir amené le loup AB 3 dans la bergerie de la Communauté. `AB 3 est devenu un fait, et un concurrent respectable. Je n'ai pas d'état d'âme, il s'agit d'un défi pour que nous soyons encore plus performants. Notre maison se porte bien aujourd'hui mais je sais que les années à venir seront cruciales et nous devons convenablement préparer tout cela´.

Il a montré qu'il savait gérer les budgets et les hommes, il lui reste à prouver qu'il peut, avec Tacheny, conduire RTL-TVI dans cette grande zone de tempêtes qui s'amorce dans notre paysage audiovisuel.

© La Libre Belgique 2002