Juan d'Oultremont, «coeur de loup» en ses désenchantements

C.Pt

Le chroniqueur caustique de la «Semaine infernale» emprunte le taxi culturel de Vincent Lecuyer le temps d'un trajet entre son domicile et le boulevard Reyers. Présent au titre «d'artiste», on ne s'étonnera pas de le voir se hérisser lorsqu'il apprendra que Robert Waseige occupera le siège arrière du taxi, à sa place, dans deux semaines. D'un bout à l'autre de cette déambulation, Juan d'Oultremont fait en effet part de ses (res)sentiments sur le statut de l'«artiste» en Belgique. « Est-il héroïque d'être un artiste? », questionne son chauffeur. Sans conteste: « oui, c'est un combat pour ceux qui le font vraiment », s'emporte d'Oultremont, qui jettera aussi l'anathème sur Bruxelles, où la notion d'art est à ce point galvaudée qu'on y expose des vaches en polyester: « les gens pensent que tout ce qui est incongru, c'est de l'art », se désolera-t-il encore.

Ce numéro de «Hep taxi!» connaît d'autres types d'emportement, tels ceux d'Alejandro Jodorowsky. Le réalisateur chilien y expose avec gouaille et emphase sa conception de la poésie « vivante » et les raisons qui l'ont porté vers la bande dessinée, au premier rang desquelles le plaisir d'inventer des mondes: « mon imagination peut aller où je veux », là où elle se trouve souvent corsetée par les réalités économiques au cinéma. Les deux autres haltes saluent le travail du musicien Pierre Vervloesem et de la réalisatrice Els Dietvorst, qui a réalisé un film, diffusé dans le cadre du KunstenFESTIVALdesArts, sur les habitants du quartier Anneessens.

Retour à la case Reyers, au son du «Coeur de loup» de Philippe Lafontaine, dont Juan d'Oultremont a écrit les paroles. Un autre jour de désenchantement.

© La Libre Belgique 2003