«BXL» : RTL met la RTBF en garde

BXL, radio urbaine bruxelloise du groupe TVI, sera lancée lundi. Face aux critiques de la RTBF, Philippe Delusinne, patron de TVI, hausse le ton. A la moindre «morsure», il avertit que la réplique sera cinglante...

Pierre-François Lovens

Entre la RTBF et RTL-TVI, le ton est à l'orage depuis quelques mois. Les escarmouches - par médias interposés - sont récurrentes. Une véritable cour de récréation qui, jusqu'ici, n'a pas encore dépassé le cercle des initiés du paysage audiovisuel de la Communauté française. Mais la tension monte...

La RTBF ne décolère plus depuis l'annonce, au printemps, du projet X 2 élaboré par Bel RTL en collaboration avec «Le Soir» (Rossel). Un acte perçu à Reyers comme une déclaration de guerre sur le terrain radiophonique francophone bruxellois, maladroitement délaissé aux yeux du public avec l'absorption de Bruxelles Capitale par VivaCité.

Aujourd'hui, X 2 est devenu réalité: une radio urbaine (city radio) 100pc bruxelloise baptisée «BXL». Elle sera sur antenne (101.4 FM) lundi à 6 heures du matin. Au grand dam de la RTBF qui accuse, depuis plusieurs semaines, le groupe TVI d'avoir franchi «la ligne rouge».

A l'avenue Ariane, siège de TVI, on craint des représailles. Une action en justice, par exemple? «No comment», réagit Francis Goffin, directeur des radios de la RTBF et ex-boss de Bel RTL.

Prenant les devants, Philippe Delusinne, administrateur délégué de TVI, nous a reçu vendredi pour avertir son homologue de la RTBF, Jean-Paul Philippot. «Tant qu'on reste dans le registre de la concurrence et des gesticulations, je n'ai aucun problème. Mais si, à partir de lundi, la RTBF devait tenter la moindre morsure à l'encontre de BXL, je peux vous assurer que notre réponse sera cinglante!»

M. Delusinne ne peut accepter les accusations de la RTBF selon lesquelles BXL serait une radio illégale faute de nouveau plan de fréquences en Communauté française. «BXL est un projet parfaitement légal, estime M.Delusinne, puisqu'on occupera une fréquence cadastrée. Nous avons pris nos assurances auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Si la RTBF ne peut comprendre ça, nous répliquerons. Les questions juridiques à poser à la RTBF ne manquent pas: financement du plan Magellan, utilisation de fréquences nébuleuses, etc. Ce sera la guerre et la rupture de la «pax romana» entre RTL et la RTBF».

Rentabilité et audience

Jean-Jacques Deleeuw, directeur général de Bel RTL, s'offusque également des critiques ertébéennes. «Un opérateur pirate n'aurait pas pris une fréquence cadastrée. BXL émettra en vertu des prescrits légaux, c'est-à-dire sur une fréquence reconnue», dit-il. Et à l'entendre, le 101.4 n'est pas la meilleure des fréquences, «même s'il y a pire et qu'elle nous permettra de couvrir les 19 communes bruxelloises».

Le calcul a toutefois consisté à se dire que les Bruxellois étaient, depuis la suppression de Bruxelles Capitale, orphelins d'une radio 100pc bruxelloise. Et lorsque le CSA sera en mesure de lancer un appel à candidatures dans le cadre d'un nouveau plan de fréquences, BXL sera forcément candidate à une fréquence plus confortable. «Si on ne l'obtient pas, BXL disparaîtra. Notre pari est en tout cas d'en faire une radio rentable et capable d'atteindre une part de marché de 15pc (NdlR: score qui était celui de Bruxelles Capitale...) », souligne Philippe Delusinne.

Jean-Jacques Deleeuw enfonce le clou en estimant qu'il n'y a plus, aujourd'hui, de radio francophone 100pc bruxelloise. Et VivaBruxelles? «C'est une radio installée à Mons qui réalise des décrochages sur différentes régions, dont Bruxelles. BXL parlera de Bruxelles aux Bruxellois. C'est très différent».

Nous reviendrons, dans une prochaine édition, sur le contenu de BXL.

© La Libre Belgique 2004


Francis Goffin, patron des radios de la RTBF, n'est pas le seul à s'insurger contre le lancement de BXL. Le réseau NRJ Belgique affiche également son désappointement à l'égard de la nouvelle initiative du groupe TVI (RTL). Eric Adelbrecht, directeur général de NRJ Belgique, fustige en particulier le double discours du premier réseau privé de la Commu- nauté française. D'une part, Bel RTL s'était impliquée dans l'association des radios non publiques (Radios) pour lutter en faveur des intérêts de l'ensemble des radios privées francophones (réseaux comme radios indépendantes). De l'autre, Bel RTL prend tout le monde de court en «piratant» une fréquence dévolue à un opérateur indépendant pour lancer BXL. «Bel se cache derrière un beau discours collectif pour, en fin de compte, en profiter à des fins purement commerciales. Ce n'est pas correct et remet évidemment en cause l'action de Radios car Bel RTL en a profité», estime Eric Adelbrecht. NRJ voit dans cette attitude une raison supplémentaire pour exiger du gouvernement de la Communauté française et du CSA qu'ils mettent les bouchées doubles sur le nouveau plan de fréquences. Enfin, le patron de NRJ considère qu'avec BXL, le groupe TVI menace encore un peu plus le pluralisme du paysage radiophonique. «RTL et sa régie publicitaire IP verrouillent le marché. Dès lors qu'un opérateur a de l'argent, il peut imposer ses projets... C'est surréaliste», dit-il. © La Libre Belgique 2004