Scénario catastrophe aux Canaries

Le tsunami est aujourd'hui connu de tout le monde, ce qui était loin d'être le cas à la veille du 26 décembre. En octobre dernier, la RTBF avait pourtant programmé un documentaire saisissant de la BBC et de Discovery Channel sur le sujet intitulé «Tsunami, la vague meurtrière». Seuls les plus curieux d'entre nous l'auront sans doute regardé à l'époque.

Pierre-François Lovens
Scénario catastrophe aux Canaries
©

Le tsunami est aujourd'hui connu de tout le monde, ce qui était loin d'être le cas à la veille du 26 décembre. En octobre dernier, la RTBF avait pourtant programmé un documentaire saisissant de la BBC et de Discovery Channel sur le sujet intitulé «Tsunami, la vague meurtrière». Seuls les plus curieux d'entre nous l'auront sans doute regardé à l'époque.

Alors que l'Asie du Sud-Est se remet péniblement du raz-de-marée le plus meurtrier de l'Histoire, la une propose à nouveau le documentaire de Mark Hedgecoe. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il fait froid dans le dos. Car, dans le cas présent, c'est de «méga-tsunami» dont il s'agit. Soit des raz-de-marée à la puissance dix, voire même plus!

Les tsunamis ordinaires sont provoqués par des tremblements de terre sous-marins. Le méga-tsunami a une autre origine: l'effondrement dans la mer d'un gigantesque pan de rocher. Le 9 juillet 1958, le phénomène put être observé pour la toute première fois dans la baie de Lituya, en Alaska. Un père et son fils y échappèrent de façon miraculeuse. «J'ai entendu un énorme grondement. J'ai cru à une explosion nucléaire», racontent-ils dans le film de Hedgecoe. En fait, ce 9 juillet 58, nonante millions de tonnes de roches se détachèrent de la montagne pour basculer dans la baie. Il s'ensuivit une vague de 520 mètres de haut - un demi-kilomètre! - qui, fort heureusement, fut contrée par les montagnes entourant la baie.

La Palma candidate

Mais le pire serait à venir... Quand et où se produira le prochain méga-tsunami, s'interrogent les géologues? Ils se sont mis en tête d'identifier les zones les plus vulnérables. Le consensus s'est fait jour autour de la prochaine cible: l'île de La Palma, située dans l'archipel volcanique (et très touristique...) des Canaries.

Au début des années 1990, deux géologues britanniques partirent à l'assaut de La Palma pour déterminer les signes précurseurs d'un effondrement d'une partie de l'île. Ils y découvrent une fracture de deux kilomètres de long, et quatre mètres de large, provoquée par la dernière éruption volcanique qu'ait connue La Palma, en 1949. D'après nos deux experts, il suffirait d'une nouvelle éruption sur l'île pour que, sous l'effet de la chaleur, l'eau se dilate, brise la roche et provoque un gigantesque glissement de terrain. Toute la façade occidentale de la montagne de La Palma, soit un demi-milliard de tonnes de rochers, basculerait d'un seul coup dans l'océan Atlantique.

«Toutes les conditions sont réunies, à La Palma, pour que se produise un méga-tsunami. Ça ne fait aucun doute. La seule inconnue, c'est la date», affirment sans broncher les géologues interrogés, certains pronostiquant - en se fondant sur la récurrence des éruptions volcaniques à La Palma - le cataclysme «dans le courant du XXIe siècle» . Il s'agirait de la plus grande catastrophe naturelle de l'humanité.

Les scientifiques ont tenté d'estimer l'ampleur de ce méga-tsunami. Selon une hypothèse prudente, la taille de la vague au départ de La Palma atteindrait une hauteur de 650 mètres! Une véritable muraille d'eau qui, à la vitesse de 720km/h, ne mettrait que huit heures pour traverser l'Atlantique et ravager la côte est des Etats-Unis. La vague mortelle détruirait toutes les grandes villes américaines, depuis New York, au nord, à Miami, au sud, se propageant jusqu'à 20 kilomètres à l'intérieur des terres.

L'avertissement, cette fois, aura au moins été lancé...

© La Libre Belgique 2005