Bel-Ami, au-dessous de tout soupçon

B el-Ami: le surnom va comme un gant au séduisant Georges Duroy, jeune homme d'origine modeste bien décidé à réussir à Paris. Sa rencontre fortuite avec un ancien compagnon d'arme, Charles Forestier, lui donne enfin les moyens de ses ambitions...

Karin Tshidimba, à Biarritz

Bel-Ami: le surnom va comme un gant au séduisant Georges Duroy, jeune homme d'origine modeste bien décidé à réussir à Paris. Sa rencontre fortuite avec un ancien compagnon d'arme, Charles Forestier, lui donne enfin les moyens de ses ambitions...

Présentée cette semaine en compétition au Festival international de programmes audiovisuels de Biarritz (Fipa), cette fiction de Philippe Triboit a beaucoup de panache et figure parmi les meilleures adaptations récentes proposées par la télévision. Il faut dire que Sagamore Stévenin (Georges Duroy) ne manque pas de charisme et porte l'intrigue avec beaucoup de talent aux côtés d'une Florence Pernel qui brille dans son personnage inusuel de femme trop libre et intrigante (Madeleine Forestier) pour l'époque...

Si Michel Martens et Philippe Triboit, tous deux scénaristes, sont restés fidèles au roman de Guy de Maupassant concernant la moralité de «Bel-Ami», ils l'expliquent par les circonstances de la vie qui l'ont poussé à devenir un loup à l'image de ses contemporains. Car, comme Bel-Ami le note lui-même, «tout lui réussit depuis qu'il n'a plus ni préjugés, ni scrupules».

Mais là où Maupassant le décrivait comme un ambitieux viscéral ne sachant pas, au départ, comment abreuver sa soif d'ascension sociale, Triboit et Martens imaginent un homme qui aurait aimé trouver d'autres moyens mais qui, déçu, de surcroît, par certains proches, prend conscience que seuls les plus vils sont couronnés de succès... A ce titre, sa déception face à l'attitude de Clothilde de Marelle est d'ailleurs très éclairante d'un idéaliste qui voit son rêve le plus cher se fracasser...

Cette justification des exactions de Bel-Ami différencie le téléfilm de l'oeuvre initiale qui, elle, fit scandale lors de sa publication en 1885. Mais pour le reste, que le lecteur-téléspectateur se rassure: la reconstitution d'époque et l'ambiance s'avèrent fidèles au roman qui offrait une satire délectable d'un «certain journalisme» et de «certains milieux politiques et mondains» ainsi que des liens subtils qu'ils entretiennent...

© La Libre Belgique 2005