La RTBF s'enfonce dans la grève

La RTBF, que l'on croyait repartie sur des bases nouvelles depuis quelques mois, donne soudainement tous les signes d'une entreprise traversée par le ras-le-bol d'une grande partie de son personnel. Touchée depuis lundi par un mouvement de grève limité aux équipes techniques de la télévision, la RTBF fait désormais face à un mouvement de contagion. Ainsi, mardi, ce sont les journalistes du JT qui avaient rejoint leurs collègues techniciens.

La RTBF s'enfonce dans la grève
© OLIVIER PIRARD
Pierre-François Lovens

La RTBF, que l'on croyait repartie sur des bases nouvelles depuis quelques mois, donne soudainement tous les signes d'une entreprise traversée par le ras-le-bol d'une grande partie de son personnel.

Touchée depuis lundi par un mouvement de grève limité aux équipes techniques de la télévision, la RTBF fait désormais face à un mouvement de contagion. Ainsi, mardi, ce sont les journalistes du JT qui avaient rejoint leurs collègues techniciens. Ce mercredi, la télé -qui offrira à nouveau un «programme minimum»- sera rejointe par les équipes bruxelloises des radios ertébéennes.

Là aussi, les auditeurs auront droit à des programmes réduits au strict minimum. Des perturbations sont attendues sur La Première, Musiq'3, Pure FM et VivaBruxelles.

Et les choses ne devraient pas s'arranger dans les prochains jours. D'une part, le mouvement lancé par la CGSP bruxelloise, lundi, est à durée illimitée. D'autre part, la CGSP wallonne a pris la décision hier de lancer, à son tour, des actions. «Nous allons déposer un préavis de grève tournante», nous a indiqué Jean-Claude Renda, leader de la CGSP wallonne. Cette action devrait pousser les différentes catégories du personnel à débrayer chaque jour de la semaine prochaine. Et ce n'est pas tout. Plutôt conciliante jusqu'ici, la CSC s'est réunie mardi pour prendre attitude. Non pas sur la question du nouveau règlement des prestations et des notes de frais, à l'origine du mouvement de grogne de la CGSP, mais sur un «bilan à mi-parcours du plan Magellan». Et ledit bilan est négatif. «Nous déposerons donc un préavis de grève pour lundi prochain car le sentiment général est celui d'une grande morosité au sein d'un personnel de moins en moins motivé», explique Didier Gilquin, délégué du syndicat chrétien. Seul le syndicat libéral (CGSLB) n'a pas encore bougé. «C'est dommage d'en arriver à ces grèves, mais il est maintenant clair que tout le personnel est solidaire des techniciens et que le malaise est réel», concède néanmoins Serge Dzwonek, responsable de la CGSLB-RTBF.

«Processus de destruction»

Aucun contact n'a eu lieu, mardi, entre les syndicats et la direction. Un nouveau comité d'entreprise n'est programmé qu'en fin de semaine. «Nous allons mettre en place des groupes techniques pour examiner, secteur par secteur, les effets du nouveau règlement de travail. La direction est décidée à aller de l'avant», indiquait un porte-parole de la direction.

Mais le malaise a pris de l'ampleur. Limité, dans un premier temps, aux conditions financières et de travail des techniciens, le conflit a enflé. «La direction parle d'une grève corporatiste. C'est voir le problème par le petit bout de la lorgnette!», s'emporte un journaliste. Un de ses collègues du JT poursuit: «La grève des techniciens est un épiphénomène qui cristallise un malaise plus général.» Et certains de parler de ras-le-bol à l'égard d'une direction -mise en place ces deux dernières années après l'arrivée de Jean-Paul Philippot- qui ne parviendrait pas à redorer le blason du service public et qui, endettement oblige, s'est séparée de 20pc des effectifs depuis 2003.

Les attaques sont parfois virulentes. «La direction s'est coupée du personnel pour mettre en oeuvre un processus de destruction de la RTBF. Elle a démantelé toutes les émissions qui faisaient encore le prestige de notre maison. Avec, pour seul résultat, de voir la RTBF s'enfoncer encore un peu plus face à la concurrence privée», affirme un journaliste non syndiqué. Un sentiment de frustration qui est malheureusement loin d'être isolé en fonction des contacts que nous avons pu nouer ces derniers jours...

© La Libre Belgique 2005