Monsieur Dico

PAR JACQUES MERCIER

Un dictionnaire bruxellois

Toots Thielemans note sur la 4e de couverture du tout nouveau «Dictionnaire bruxellois» : «Je suis un des survivants, «ne n'echter gediplomerden Brusseleir van de Marolle.» On doit ce dictionnaire savoureux (Le Cri) au spécialiste Georges Lebouc. Dans son introduction, l'auteur énonce des règles simples données par Jean d'Osta. Ce n'est pas le premier ouvrage du style, mais cette fois les mots et expressions sont illustrés par des exemples tirés de la littérature bruxelloise. Georges Lebouc propose le début de cette littérature en 1852, année où un certain Sancho livre deux parodies des fables de La Fontaine, déjà! Mais il pense également que la fin de cette littérature a été déclarée avec la mort de Jean d'Osta, le dernier écrivain capable d'écrire aussi bien en français qu'en bruxellois. Le bruxellois fut décrié, méprisé, «désenseigné», explique l'auteur. A tort, poursuit-il, car - citant Roger Kervyn de Marcke ten Driessche, l'auteur des «Fables de Pitje Schramouille» - ces dialectes n'ont jamais prétendu supplanter, dans l'estime des peuples, les langues de Ronsard ou de Vondel, modestie délicieuse dont il convient de leur savoir gré. Pour les francophones, c'est aussi l'occasion de découvrir l'origine de quelques belgicismes. «Tirer son plan» vient de «z'ne plan trekke»; «Ce n'est pas de la petite bière» vient de «'t es gin klaain bee». On trouve aussi les «bacs» à bouteilles, à papier; le «blouche», les «buses» (scolaires par exemple), le «kot» (dont celui à frites...). Le bruxellois est souvent la «langue de l'engueulade» parce qu'elle est sonore et intimidante... ou parce que l'interlocuteur ne comprend pas ce qu'on lui assène, puisque le bruxellois ne se comprend qu'entre Bruxellois!

© La Libre Belgique 2005