Le Mondial bouscule déjà la hiérarchie TV au profit de la RTBF

Evénement sportif, la Coupe du monde de football est aussi devenue, au fil du temps, un événement médiatique. La manière dont la retransmission des matches vient bousculer la hiérarchie des chaînes est souvent spectaculaire.

Pierre-François Lovens

Evénement sportif, la Coupe du monde de football est aussi devenue, au fil du temps, un événement médiatique. La manière dont la retransmission des matches vient bousculer la hiérarchie des chaînes est souvent spectaculaire.

Après quelques jours à peine de compétition (le Mondial allemand en était, hier, à son sixième jour), les mouvements de parts de marché entre chaînes belges francophones apparaissent déjà très nettement à travers les données récoltées par la RMB, régie qui commercialise les espaces publicitaires de la RTBF (détentrice des droits télévisés du Mondial en Communauté française).

Si l'on s'en tient aux quatre premiers jours de la compétition (du 9 au 12 juin), qui sont loin d'être les plus intéressants sur le plan strictement sportif, il ressort que La deux (RTBF) -sur laquelle seront diffusés les 64 matches du Mondial- a quadruplé sa part de marché auprès des téléspectateurs âgés de 4 ans et plus. La deux est passée d'une part de marché moyenne de 4,2 pc en mai à 15,8 pc! La progression est encore plus accentuée si l'on se focalise sur la catégorie des hommes âgés de 18 à 54 ans, coeur de cible en matière de foot. Là, la part de marché de La deux a été multipliée par cinq (22 pc).

A quelles chaînes cette ascension, prévisible, a-t-elle fait de l'ombre? La RTBF peut a priori être soulagée puisque, en jouant la carte d'une programmation alternative, La une a quasiment stabilisé sa part de marché au niveau observé en mai (14,5 pc au lieu de 14,9 pc). Cela signifie que depuis le début de la Coupe du monde, la part de marché globale de la RTBF (télé) a explosé, en passant de 19,1 pc en mai à 30,3 pc sur la période allant du 9 au 12 juillet.

RTL et TF 1 comme victimes

Pour toutes les autres chaînes (à l'exception de Be1 et France 3), en revanche, les effets négatifs apparaissent plus marqués. C'est principalement le cas pour RTL-TVI qui, selon la RMB, accuse une perte de part de marché de 8 pc (17,2 pc au lieu de 18,7 pc en mai), voire même de 21 pc si on s'en tient aux hommes de 18 à 54 ans. Autre victime du raz-de-marée ertébéen: TF 1 (qui diffuse pourtant certains matches), dont la perte est de 28 pc (12,4 pc au lieu de 17,3 pc). Les chaînes du groupe AB sont également en recul, mais de façon bien plus limitée.

Pour en revenir à la RTBF, on constate que la chaîne publique s'arroge le leadership en termes de parts de marché sur les trois créneaux horaires de diffusion des matches (15h, 18h et 21h). C'est particulièrement frappant pour le match de l'après-midi où la moitié des téléspectateurs (48,7 pc) de la Communauté française installés devant leur téléviseur sont branchés sur La deux ou La une.

On notera encore, à ce stade précoce de la compétition, que le Mondial génère un «effet fédérateur» dans la mesure où il accroît la part de la population regardant l'une ou l'autre chaîne de notre paysage audiovisuel. Cette croissance, par rapport à mai, est de 3 pc globalement, mais atteint 19 pc chez les téléspectateurs masculins. Quant à la hausse de la durée de vision quotidienne, la RMB la chiffre à treize minutes.

Ce ne sont là que des premières tendances. Nous referons un point prochainement pour voir si elles se confirment.

© La Libre Belgique 2006