Marc Danval, passeur de sons

L'animateur de la Troisième oreille poursuit la diffusion du patrimoine sonore méconnu. Ce jazzophile éclairé propose désormais les "Trésors" chaque mardi. Il vient aussi de publierune biographie d'un certain Jean Toots Thielemans.

Vincent Braun

Avec son timbre un brin nasillard et son ton volontiers espiègle, la voix de Marc Danval est immédiatement reconnaissable. Cette signature, ce style unique sur les ondes actuelles, on le retrouve chaque dimanche en début d'après-midi, sur La Première. Ce passionné de jazz y anime depuis presque dix-sept ans "La Troisième Oreille", l'une des plus anciennes émissions radio de la RTBF avec les "Classic Rock" de Marc Ysaye.

Hormis les changements d'horaires, l'émission n'a pas bougé d'un iota. Du moins depuis que Marc Danval a rebaptisé, en 1998, l'émission "25 50 75" héritée de Nicolas Dor. Selon sa formule, la troisième oreille est celle qui "entend ce que les deux autres n'écoutent pas". A savoir, du jazz surtout, du music-hall aussi, soit la variété musicale de la première partie du siècle dernier, au travers de documents souvent rares, méconnus, voire insolites. Un vrai moment de radio, un peu anachronique, ou à tout le moins décalé, mais qui paradoxalement essaime.

Depuis le mois dernier, chaque mardi matin, Marc Danval propose également les "Trésors", une petite séquence commandée par le patron de La Première, Jean-Pierre Hautier, et insérée dans son émission "Bonjour quand même". "Il m'a demandé s'il n'y avait pas encore des choses plus sophistiquées, parfois plus littéraires, de théâtre, ou tout à fait insolites, en marge des documents que je présente dans la Troisième oreille. Hier, par exemple, j'ai passé Aristide Bruant qui engueule tout le monde dans son cabaret. C'était en 1908. Voilà le genre de choses qui peut intéresser les gens, ou du moins les amuser. Le secret est dans la diversité. J'essaie de faire plaisir à tout le monde. Le but n'est pas de passer uniquement des choses que j'aime. J'aime moins l'opérette et l'opéra mais j'en passe parfois."

On l'aura compris, ce qui motive ce passionné, c'est de partager sur les ondes des fragments d'un patrimoine sonore inexploité. Et en direct de préférence. "Ce sont des morceaux de patrimoine dont on risque de perdre le souvenir, qui sont en passe d'être totalement oubliés", prévient-il.

Dire que l'homme met la main à la pâte, ou plus exactement à la gomme-laque ou au vinyle, est un euphémisme puisque chaque morceau diffusé est tiré de ses archives personnelles, soit quelque 30 000 disques (dont une bonne proportion de 78 tours) couvrant une période de plus d'un siècle. Une collection amassée et scrupuleusement rangée au sous-sol de sa maison ixelloise, et qu'il continue inlassablement à compléter. "Dès que j'en ai l'occasion, je vais à la pêche aux vieux disques, que ce soit aux puces, sur les brocantes, à l'Armée du Salut, troc international..."

Retour aux sources

Tombé dans le chaudron magique du jazz dès l'âge de 9 ans (à l'écoute du "Boogie Woogie" de Stan Brenders), cet alerte septuagénaire a rencontré tous les grands : Armstrong, Coltrane, Miles Davis... "A deux exceptions près : Art Pepper, parce qu'il était mort, et Charlie Parker, parce qu'il était malade." Son passage par Radio Luxembourg (future RTL) au début de sa carrière lui donnera même l'occasion d'interviewer Salvador Dali.

Marc Danval est surtout un infatigable travailleur, debout aux aurores, qui a "toujours fait quelque chose en parallèle de la radio". Aujourd'hui, outre ses deux émissions ertébéennes, il anime des conférences sur le jazz au "paquebot" Flagey. Une sorte de retour aux sources pour celui qui a débuté au beau milieu des années cinquante à l'INR (Institut national de radiodiffusion) au micro de "La demi-heure du soldat", une émission de dédicace "un peu tarte, mais bon".

Et puis, il y a l'écriture. Un moyen, sans doute, de fixer les mots qui d'ordinaire s'envolent sur les ondes. La semaine dernière, il publiait sa biographie consacrée de Toots Thielemans. Une récidive puisqu'en 1971 il avait signé la première biographie de Sacha Guitry, et puis celle du poète et jazzman belge Robert Goffin. Lequel sera par la suite au centre de deux spectacles de théâtre qu'il a écrit et interprété. Renouant là avec la comédie qu'il joua jusqu'en 1961 sur plusieurs scènes bruxelloises (Parc, Poche, Galeries, Rideau).

Pour l'heure, il met la dernière main à une petite monographie consacrée au peintre belge Charles Delporte. Et se lancera ensuite dans la réalisation d'un dictionnaire du jazz en Belgique, prévu pour 2008 (après en avoir cosigné un sur la Wallonie et Bruxelles). D'ici là, l'homme animera la soirée du Réveillon de Noël sur la Première, en duo avec Jean-Pierre Hautier. Un direct radio qui l'amuse, forcément.

"Toots Thielemans", Editions Racine, 172 p., 22,95 €.

© La Libre Belgique 2006