Les belgicismes

PAR JACQUES MERCIER

Georges Lebouc est le grand spécialiste du bruxellois. On lui doit, par exemple, "Le bruxellois en septante leçons", "Parlez-moi d'amour en bruxellois", "Comment engueuler son prochain en bruxellois" et les notes des fables de Virgile ou de "Bossemans et Coppenolle". Cette fois, l'auteur propose un superbe "Dictionnaire de belgicismes" (Racine) de plus de 600pages ! Pour les exemples nombreux et judicieux, Georges Lebouc a travaillé sur des articles de la presse quotidienne. Et si l'on retrouve tous les classiques, qui firent parfois les beaux soirs des Français à l'époque où ils se moquaient de nous, tels "souper" pour dîner, "aubette" pour kiosque à journaux ou abribus, "auditoire" pour amphithéâtre, etc. s'ajoutent bien des belgicismes "de bon aloi" et qui font notre richesse culturelle. Un astérisque note les mots qui n'existent pas en français de France, les autres ayant un sens souvent différent. "Endéans" (dans le délai de) n'existe pas en France, ni "baxter" (goutte-à-goutte) mais "praline" est définie en France comme une amande enrobée de sucre caramélisé et parfumé proche de la dragée, tandis que chez nous il s'agit de chocolat, de crotte ou bonbon au chocolat. Dans sa longue et belle introduction, Georges Lebouc précise l'évolution de nos belgicismes, leurs rejets, leur raison d'être. "À partir des années 1980, on assiste, sinon à un mouvement diamétralement opposé, du moins à une attitude qui cesse d'être "sentimentale". L'autoflagellation, le masochisme, qui prévalait jusqu'alors, commencent à céder la place à une vision nettement plus philologique : celle du constat."