Illégaux : la Belgique multirécidiviste

"Demain, on t'emmène dans un centre, là, tu pourras respirer". S'agissant du centre fermé 127 bis, on constate que le cynisme des "autorités compétentes" est sans limite. Adressées à des étrangers en situation irrégulière, mis sous pression, ces remarques, et les mesures de contrainte qui les accompagnent, sont rarement rendues publiques puisque ceux qui les subissent sont le plus souvent expulsés sans avoir pu s'en plaindre.

K.T.
Illégaux : la Belgique multirécidiviste
©Bauweraerts

Demain, on t'emmène dans un centre, là, tu pourras respirer". S'agissant du centre fermé 127 bis, on constate que le cynisme des "autorités compétentes" est sans limite. Adressées à des étrangers en situation irrégulière, mis sous pression, ces remarques, et les mesures de contrainte qui les accompagnent, sont rarement rendues publiques puisque ceux qui les subissent sont le plus souvent expulsés sans avoir pu s'en plaindre.

La Belgique multirécidiviste

Avec Angelica et Anna Cajamarca, les choses ont pourtant pris une autre tournure. L'expulsion avortée des deux Equatoriennes a ému le pays tout entier. Divers mandataires politiques et comités de défense des sans-papiers se sont mobilisés autour de cette femme sans histoire et de sa fille, arrêtées au premier jour des vacances scolaires en 2007.

Jusqu'au président de l'Equateur qui s'en était publiquement ému : "Nous sommes de la race humaine, l'Equateur ne peut accepter l'idée qu'il existe des êtres humains illégaux sur un continent qui est censé être un des plus grands symboles de la civilisation humaine." Choqués, le président Correa et sa femme, en visite privée dans notre plat pays, ont tenu à rencontrer Angelica et sa maman. "Il n'est pas normal dans un pays tel que celui-ci d'enfermer des enfants innocents". Carine Russo, sénatrice Ecolo, Claude Lelièvre, délégué général à la Communauté française ne disent pas autre chose. Mais l'administration reste inflexible : la procédure suit son cours. Angelica sera même témoin des violences causées à sa mère lors de la tentative de rapatriement.

31 juillet 2007, la partie de bras de fer est interrompue : l'office des étrangers doit s'incliner devant la décision du tribunal des référés. La plainte pour traitements inhumains et dégradants a porté ses fruits.

Mais déjà, en soi, la pratique de l'enfermement en centres fermés est contraire à la Convention des droits de l'homme et à la Convention des droits de l'enfant que la Belgique a ratifiée en 1991.

La Belgique n'en est d'ailleurs pas à sa première condamnation. En octobre 2006, déjà, la Cour européenne de Strasbourg stigmatisait les traitements inhumains et dégradants infligés à la jeune Tabitha, 5 ans, arrêtée dans la zone de transit alors qu'elle allait rejoindre sa maman au Canada. Elle restera détenue durant 3 mois au centre 127 bis. Un cas qui est loin d'être exceptionnel puisqu'il a touché plus de 800 enfants en 2007 !

Face à un office des étrangers qui n'hésite pas à invoquer une "mesure de protection de la vie familiale" pour justifier ces enfermements d'enfants, un tribunal d'opinion a été mis en place en janvier 2008, composé de citoyens, d'avocats et de membres d'associations de droits de l'enfant. Son objectif : que la voix de ces illégaux puisse être entendue et que leurs expériences traumatisantes soient prises en compte.

Une "opération" qui a permis de rappeler qu'il y a 20 ans, seulement, il n'y avait pas de centres fermés en Belgique. "On a commencé par enfermer des étrangers délinquants, puis des hommes seuls et des femmes seules, et puis un jour, les premières familles avec enfants. D'abord, pour un mois, puis deux, puis cinq avant que ne soient "inventés" les séjours "illimités". C'est comme cela qu'on oublie qu'il y a des principes" note une des avocates participantes.

Chantage sur enfant

Or, aujourd'hui les témoignages foisonnent concernant les problèmes psychologiques (agressivité) et physiques majeurs (troubles du sommeil, migraines, maux d'estomac) occasionnés aux enfants ainsi détenus. On savait depuis "l'affaire Semira Adamu" que les expulsions sont parfois très violentes. Mais aujourd'hui, les violences se font d'abord psychologiques en séparant les mères de leur enfant pour mieux exercer le "chantage au retour". Sans aucune considération de l'état de sidération et d'effroi dans lequel seront plongés les enfants parfois très jeunes (un an !) ainsi maltraités.

Aujourd'hui qu'un nouveau gouvernement a été formé, on évoque une "prochaine alternative mise en oeuvre pour les familles avec enfants mineurs. Mais l'accord du gouvernement reste flou car il ne met pas un terme définitif à l'enfermement des enfants, notent les auteurs de ces Histoires vraiesH H bien documentées. Pendant ce temps, de nombreuses familles d'étrangers continuent à vivre dans l'incertitude, la peur au ventre." Une piqûre de rappel bien utile.