Tong ou slache ?

PAR JACQUES MERCIER

"Après lecture de votre rubrique concernant la tong, j'ai pensé à ma fille qui habite le midi de la France", nous écrit Mme Rousseau de 1040 Bruxelles. "Alors qu'elle sort avec ses amies à la plage, elle leur dit un jour : "Je vais mettre mes slaches" ? Ses amies lui demandent alors pourquoi elle appelle ses tongs des slaches et elle leur dit tout simplement : "Car elles font slache, slache" !" Slache est évidemment un mot bruxellois. Georges Lebouc en donne plusieurs définitions : pantoufle, savate, chausson (éventuellement de gymnastique), mais aussi chaussure trop grande et, comme adjectif, incapable, flasque, déprimé. Le mot slache a eu la faveur populaire, explique l'auteur. La preuve en est qu'un comique très prisé, Marcel Antoine, avait pris Slache comme nom de scène et qu'il fit paraître en 1940 un hebdomadaire humoristique portant le même nom. Il est l'un des créateurs de Pan. Dans son "Dictionnaire des belgicismes" (Racine), Georges Lebouc raconte aussi : "De même qu'il donnera à une firme le nom de "Brol" dans "Les bijoux de la Castafiore", de même Hergé créera un soi-disant servofrein dénommé "slach". On n'imagine guère un publicitaire donnant le nom d'une savate à un puissant servofrein !" Cela se situe dans "Les aventures de Totor", où Hergé écrit : "Un suprême effort l'amena au bord d'une rivière. Pour briser son élan, il utilisa son servofrein "slach" !" "Servo", en effet (et pas cerveau), car "servo-" est le premier élément de mots techniques, tiré du latin "servus", serviteur, et marquant un asservissement mécanique. L'asservissement dans ce cas est didactique et désigne l'état d'une grandeur physique qui impose ses variations à une autre grandeur sans être influencée par elle...