"France Télévisions est un bateau ivre"

"35 pc d’audience pour France Télévisions avec un coût de la grille des programmes de 1,8 milliard d’euros et 11 000 salariés. 30,7 pc d’audience pour TF1 avec 1 milliard d’euros et 3 800 salariés." Francis Guthleben aime faire tomber les chiffres comme des couperets.

"France Télévisions est un bateau ivre"
©D.R.
Virginie Roussel

35 pc d’audience pour France Télévisions avec un coût de la grille des programmes de 1,8 milliard d’euros et 11 000 salariés. 30,7 pc d’audience pour TF1 avec 1 milliard d’euros et 3 800 salariés." Francis Guthleben aime faire tomber les chiffres comme des couperets et entend ainsi montrer "le vrai visage de France Télévisions" , rongé par ses courtisans. Plutôt laid L’ancien directeur des programmes en région (de 2006 à 2008) affirme ne pas vouloir régler ses comptes, mais pousser "un grand cri d’amour" pour sauver celle qu’il aime. Encore

Que redoutez-vous pour France Télévisions ?

En 2005, un document du Commissariat général du Plan prédisait qu’en 2011, il ne subsisterait que deux chaînes publiques, l’une d’information internationale, l’autre éducative et culturelle. Ce spectre-là est devant nous. La fragilisation de France Télévisions tient à des archaïsmes, à une puissance syndicaliste trop forte et à une pression constante des producteurs. Longtemps, elle a vécu dans une certaine opulence, mais l’évolution des médias nécessite que chacun des acteurs accepte de renoncer partiellement à ses privilèges. Si, à la moindre volonté de changement, elle continue d’être un village de châteaux forts où des syndicalistes, des producteurs, des dirigeants et des salariés montent dans leur tour et ouvrent le feu, on ne s’en sortira pas.

Au point de vouloir réviser la convention collective ?

Quand on voit qu’il y a des primes pour tout, c’est choquant ! Les cameramen ont une prime parce qu’ils tiennent leur caméra en plateau, ceux dont c’est le travail de sortir en reportage ont aussi une prime ! Depuis 1987, on dit qu’il faut revoir la convention collective. Si on ne l’a pas fait, c’est qu’on avait peur des remous sociaux. France Télévisions est le champion du monde des problèmes non résolus.

Pourquoi sortir ce livre aujourd'hui ?

Avec le débat parlementaire autour de la réforme de la télévision publique, je ne voulais pas rajouter à la pagaille. C’est un livre d’enquête et de réflexion dont je pense qu’il a une utilité aujourd’hui encore. Car la nouvelle loi sur l’audiovisuel public ne règle pas tous les problèmes. On doit également au téléspectateur et au contribuable de mettre tous les dysfonctionnements au grand jour pour porter la télé publique vers demain.

Avez-vous contacté ses dirigeants ?

Non. D’abord, j’ai été licencié pour "désaccord avec la direction". Ensuite, les uns et les autres se sont très largement exprimés. Enfin, j’ai eu accès à tous les communiqués adressés aux salariés.

Patrick de Carolis possède-t-il une marge de manœuvre ?

Patrick de Carolis est un journaliste qui aspire à l’indépendance, un animateur qui aspire a être aimé et un manager écartelé entre les groupes de pression. On s’est trop longtemps servi de la télévision publique au lieu de la servir. Or, on doit dépenser l’argent des Français avec parcimonie et le mieux possible. L’année 2008 s’est terminée avec un déficit de 116 millions d’euros et on a programmé deux bêtisiers : un sur FR2, un sur FR3. Etait-ce nécessaire ? Les 5 chaînes ont créé en début d’année deux nouveaux jingles identitaires. 200000 € par chaîne, ça fait 1 million d’euro. Autre exemple, les nouveaux décors pour "Les Z’amours", "Envoyé spécial" et "Le magazine de la santé". Quand vous n’avez pas d’argent sur votre compte, vous ne faites pas appel à un décorateur pour refaire votre appartement ! "Le Dakar" a coûté environ 5 millions d’euros et a fait 2,5 pc d’audience. Est-ce au service public de dépenser autant pour cette manifestation et de faire croire aux enfants que Dakar se trouve en Amérique du Sud ?

Avez-vous rencontré Nicolas Sarkozy ?

Non, mais je suis convaincu que sa volonté de supprimer la publicité n’est que la partie visible de l’iceberg. Il avait la volonté de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière et de contraindre France Télévisions à changer de modèle économique et à se reformer.

Des projets ?

Après mon enquête sur le crash du Mont Saint-Odile, en Alsace, je prépare un deuxième livre sur les dysfonctionnements de l’organisation des secours. Et je développe une activité de consultant média.


"Scandale à France Télévisions, Comment ils ont coulé la télé publique", Fr. Guthleben, chez Jean-Claude Gawsewitch (288 pp., env. 20 €).