Les convoyeurs attendent toujours

Qui ça peut bien intéresser la colombophilie ? Pourquoi diable lui consacrer un documentaire, diffusé à 22 h 55 sur

H. H.

Qui ça peut bien intéresser la colombophilie ? Pourquoi diable lui consacrer un documentaire, diffusé à 22 h 55 sur La deux dans sa case "Gens d’ici" ? Parce qu’à travers ce très beau documentaire de création, la jeune Eve Duchemin dresse le portrait d’un monde en train de disparaître.

Son très touchant, Mémoire d’envol H H H part à la rencontre de ces passionnés d’un passe-temps tombé en désuétude. La simple appellation "sport colombophile" pourrait prêter à sourire dans un monde gangrené par le cynisme, ce 52 minutes ne prend au contraire aucune distance ironique pour se glisser aux côtés des "pigeonnistes". Le ton adopté est très tendre, dans la lignée d’un Benoît Mariage dans "Les convoyeurs attendent" par exemple. Sur un parking de La Souterraine, entre Limoges et Châteauroux, Jean-Philippe confirme : "Les convoyeurs attendent toujours" . Mais à 10 h, il peut enfin libérer ses pigeons qui, avec des milliers d’autres prennent leur envol dans un brouhaha assourdissant. Soit 30 secondes de bonheur pour cet ouvrier qui a préféré renoncer à son travail chez Ford quand le nouveau patron a refusé de le laisser accompagner les pigeons lors des concours. A quelque 450 km de là, Serge, lui aussi au chômage depuis la fermeture de son usine, attend le retour de ses oiseaux. Sur les huit présentés au concours, deux manquent à l’appel et l’attente se teinte de tristesse.

"Mémoire d’envol" montre en effet très bien combien la colombophilie est le reflet de son environnement social. Jean, 80 ans, se souvient d’une époque où, dans les corons, chaque mineur élevait ses quelques pigeons; aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une poignée à "jouer à pigeon". "C’est le sport hippique du pauvre, c’est quand même moins cher que d’élever un cheval", rappelle son fils, qui se demande si ce "sport" paisible existera toujours dans 20 ans.