Tu m’en bouches un coin !

On sait que cette expression, qui date du XIXe siècle, un rien familière (dirait-on "vous m’en bouchez un coin" ?), signifie qu’on est rempli d’étonnement. Mais avant cela, c’était plus précisément "être muet d’étonnement" et cela nous rapproche de l’explication. C’est une paraphrase de "fermer la bouche". Alain Rey nous dit :

PAR JACQUES MERCIER

On sait que cette expression, qui date du XIXe siècle, un rien familière (dirait-on "vous m’en bouchez un coin" ?), signifie qu’on est rempli d’étonnement. Mais avant cela, c’était plus précisément "être muet d’étonnement" et cela nous rapproche de l’explication. C’est une paraphrase de "fermer la bouche". Alain Rey nous dit : "La bouche est assimilée à un coin (un angle rentrant) plutôt que d’être désignée par sa partie (le coin de la bouche remplaçant la bouche entière). Le choix de boucher est sans doute déterminé à la fois par le sens (boucher c’est fermer) et par la forme (homonymie de bouche et la bouche). En outre, boucher, au participe passé, évoque l’ébahissement idiot (être bouché)." Voici un exemple tiré du "Sagouin" de François Mauriac : "Et elle finit entre haut et bas sur une expression triviale que jamais la baronne n’avait entendue. "Comme le langage est révélateur !" songeait la vieille dame soudain calmée. Il arrivait parfois à sa fille de Paris et surtout à ses petits-enfants de risquer devant elle un mot d’argot, mais jamais ils ne se fussent servis d’une expression aussi vulgaire. Qu’avait-elle dit exactement ? "Ça vous en bouche un coin..." Oui c’est cela qu’elle avait dit." Bon, puisqu’on y est, qu’est-ce qu’un "sagouin" ? Le sagouin est certes un ouistiti, mais c’est aussi une personne, un enfant, malpropre. Si Mauriac a écrit "Le sagouin", Antonine Maillet de son côté a écrit "La sagouine". La Sagouine est une Acadienne, comme l’est l’auteure, qui raconte les histoires de sa région dans la langue du pays, le chiac, distinct du français acadien. Le chiac emploie la syntaxe française avec du vocabulaire et des expressions anglaises. Exemple : "Espère-moi su’l’corner, et j’erviens right back."