Ils n’en ont pas fini avec le Katanga

Après avoir exploré les riches heures du passé congolais ("Mobutu roi du Zaïre") et dérivé au fil de son fleuve nourricier ("Congo river"), Thierry Michel s’est enquis de la principale richesse du pays : son sous-sol minier. Un "scandale géologique" qui fait du Katanga (Sud-Est Congo) l’une des régions les plus convoitées au monde.

Karin Tshidimba
Ils n’en ont pas fini avec le Katanga
©n.d.

Après avoir exploré les riches heures du passé congolais ("Mobutu roi du Zaïre") et dérivé au fil de son fleuve nourricier ("Congo river"), Thierry Michel s’est enquis de la principale richesse du pays : son sous-sol minier. Un "scandale géologique" qui fait du Katanga (Sud-Est Congo) l’une des régions les plus convoitées au monde.

Après le portrait faussement intimiste et le road movie, "Katanga Business", sorti il y a presque un an en salles, arborait la dégaine du thriller politico-financier en pays minier. Remontant le temps pour mieux comprendre la situation actuelle, Thierry Michel y explorait les méandres de l’économie katangaise, immense Monopoly géopolitique où se jouent, à coups de milliards de dollars, les nouveaux rapports économiques et nouvelles alliances stratégiques (Canadiens, Belges, Chinois, Sud-Africains, Suisses) illustrant la dynamique de la mondialisation où que l’on aille.

Passant du grand au petit écran, le film de Thierry Michel gagne en concision et resserre sa démonstration autour de son propos originel : les affres et les perdants de la guerre politico-financière en jeu au Katanga, province longtemps considérée comme une inépuisable source de devises, un puits sans fond. Plus directe et journalistiquement centrée, la démonstration est plus aisée à suivre, se concentrant sur le nerf de la guerre : cuivre, uranium, cobalt et, in fine, dollars "L’Afrique ne souffre pas de sa pauvreté, elle est plutôt victime de ses richesses" faisait remarquer, à juste titre, Aminata Traore, ex-ministre malienne dans le film "Bamako" d’Abderrhamane Sissako. Sur ce plan-là, 1906 (débuts de la Gécamines), 1966 (nationalisation de l’entreprise par Mobutu) ou 2010, rien n’a changé. Au Mali comme au Congo, les mêmes maux se répètent.

Déjà présente dans "Mine de tracas au Katanga" - le making of* diffusé sur La deux peu après la sortie du film -, l’hallucinante visite du ministre des Mines sur un site soi-disant inconnu de tous et exploité en toute illégalité, donne une idée de l’ampleur du déni et du défi.

Où l’on voit qu’il est très facile pour des entrepreneurs véreux d’échapper à tout contrôle, d’agir en vase clos sans faire appel à la main-d’œuvre locale, et de polluer des sites au mépris de la santé de la population locale. En ressort cette terrible impression, récurrente dans certaines régions du pays : personne ne contrôle rien et le "crime" profite à tous ceux qui sont justement bien placés pour l’observer.

Tandis que les investisseurs vont et viennent au gré des fluctuations du cours du cuivre et du cobalt, la population, elle, reste et trinque : chassée des exploitations artisanales, menacée de licenciement lorsqu’elle dénonce ses mauvaises conditions de travail, interdite de grèves et de manifestations, sans perspective, ni protection minimale, elle n’a souvent d’autres solutions que de se plier aux (nouveaux) diktats économiques. Presque comme au début du siècle dernier dans les paysages miniers d’Europe... Pourtant, là-bas aussi, la révolte commence à gronder.

Actualisant la situation des divers entrepreneurs et protagonistes rencontrés il y a plus d’un an, Thierry Michel s’offre dans Katanga, la guerre du cuivre H H une scène supplémentaire édifiante. On y voit le fameux gouverneur Moïse Katumbi, véritable héros de "Katanga Business", découvrir la carte des concessions minières accordées au Katanga, dont les découpes épousent tous les contours du territoire. Vraiment tous ? Oui, toutes les parcelles y figurent, même celle sur laquelle est érigée la maison du gouverneur. Qui n’en savait rien... Impossible de trouver une seule terre à cultiver dans toute la région. Et que se passera-il dans 50 ans lorsque les filons miniers seront tous épuisés ?

Où l’on voit à quel point le dialogue de sourds se perpétue entre autorités locales et centrales, et comme l’avenir s’annonce épineux pour tous ceux qui tentent d’y mettre bon ordre.

"Katanga Business", 2 DVDs Twin Pics, making of* et nombreux bonus.

Sous le même titre, ouvrage photographique et historique paru chez Luc Pire